Five issues that will shape Girard’s budget

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As Quebec prepares for the March 18 budget, Finance Minister Eric Girard faces a delicate balancing act between supporting the economy, meeting public expectations for services, and maintaining fiscal credibility amid persistent structural deficits. Our team highlights five key issues to watch, including the government’s fiscal flexibility, the path back to balanced budgets, political dynamics ahead of the next election, infrastructure investment pressures, and the funding of Quebec’s economic ambitions.

Incontestablement, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a dû jongler avec plusieurs dilemmes pour boucler son huitième (et dernier?) opus, qu’il déposera le 18 mars prochain, sur fond de succession au leadership de François Legault, d’année électorale et d’instabilité économique et politique.
Après plusieurs années marquées par des dépenses importantes visant à stimuler l’économie, à augmenter le pouvoir d’achat des Québécois, et à investir dans les services publics, les finances de la province demeurent sous pression, accusant des déficits devenus structurels et une trajectoire de retour à l’équilibre encore floue. Pas surprenant que le ministre lui-même ait modéré les attentes : ce sera un budget « sobre et ciblé ».
Dans ce contexte, le budget devra concilier plusieurs impératifs souvent contradictoires : soutenir l’économie dans un contexte incertain, répondre aux attentes de la population en matière de services publics, et préserver une crédibilité financière alors que la province s’est engagée à renouer avec l’équilibre budgétaire d’ici la fin de la décennie. Le gouvernement devra également naviguer entre ses ambitions économiques et la réalité de marges de manœuvre disponibles, voire inexistantes.
À six mois du rendez-vous électoral, ce budget revêt aussi une dimension politique évidente. Entre prudence financière et signaux politiques, voici cinq éléments qu’il faudra surveiller.
1. La marge de manœuvre en cette année préélectorale
Les budgets précédant une élection sont souvent l’occasion pour les gouvernements de multiplier les mesures populaires pour plaire à certaines clientèles. Or, le contexte actuel complique cet exercice. Les finances publiques du Québec demeurent fragilisées par des déficits importants (12,4 milliards $) et par une croissance des revenus plus modeste. Les effectifs de l’État ont bondi, tout comme la rémunération de son personnel. En incluant les réseaux de la santé et de l’éducation, le secteur public québécois a engraissé de 110 000 employés (équivalent temps complet) depuis l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ).
Dans ces conditions, la question centrale sera celle de la marge de manœuvre réelle dont dispose le ministre des Finances. Toute nouvelle initiative aura une incidence sur la situation budgétaire, d’autant plus que le gouvernement veut limiter la croissance des dépenses. Il devra ainsi trouver l’équilibre entre la tentation d’envoyer des signaux politiques à l’approche du scrutin et l’obligation de préserver sa crédibilité financière auprès des agences de notation du crédit.
Pour éviter de retomber dans les pièges de l’austérité qui avait provoqué la chute du gouvernement de Philippe Couillard, la Coalition avenir Québec a bien pris soin d’assaisonner son opération de réduction des dépenses à la sauce efficacité de l’État et lutte contre la bureaucratie.
2. Le chemin pour renouer avec l’équilibre budgétaire
Le gouvernement maintient l’objectif de revenir à l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030, après les versements au Fonds des générations. Toutefois, la trajectoire pour y parvenir demeure incertaine.
En novembre dernier, le Vérificateur général du Québec a soulevé le fait que la moitié des efforts nécessaires à l’atteinte de cet objectif (représentant 8,5 G$) restaient à être identifiés. La question n’est pas de réaffirmer la cible du retour au déficit 0, mais de préciser les moyens qui permettront réellement d’y parvenir… avec le prix politique que cela peut représenter.
Il faudra surveiller attentivement pour voir si le budget Girard apportera des précisions sur les mesures de contrôle des dépenses, sur l’évolution de certains programmes ou sur les hypothèses économiques qui sous-tendent le plan de retour à l’équilibre.
3. Un testament politique pour Legault ou une empreinte Fréchette / Drainville?
Ce budget devra également être interprété à travers un prisme plus politique. Sera-t-il conçu comme une pièce supplémentaire dans le legs politique du gouvernement Legault, ou portera-t-il plutôt les priorités émergentes de figures appelées à succéder au fondateur de la CAQ?
Christine Fréchette et Bernard Drainville pourraient chercher à inscrire certaines priorités dans ce budget. D’ailleurs, notons que ce budget a été conçu après consultation des deux protagonistes.
Au-delà des chiffres, le budget pourrait ainsi offrir un aperçu de l’orientation politique que le gouvernement souhaite privilégier, puis servir de rampe de lancement à une campagne électorale qui arrivera quelques mois plus tard.
4. Le casse-tête du Plan québécois des infrastructures
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Legault a considérablement augmenté la taille du Plan québécois des infrastructures (PQI). Celui-ci est passé d’environ 100 G$ en 2018 à 164 G$ dans sa version la plus récente.
Cette expansion témoigne d’une volonté d’accélérer les investissements publics, mais elle illustre également l’ampleur du déficit. Le déficit de maintien d’actifs des infrastructures publiques demeure élevé – estimé à plus de 40 G$ – et les coûts de réalisation des projets continuent d’augmenter, dans un contexte de rareté de main-d’œuvre et d’inflation dans le secteur de la construction.
Le budget devra donc préciser comment le gouvernement entend gérer ce délicat équilibre entre ambition, capacité de réalisation et discipline budgétaire.
5. Vision économique : les moyens de ses ambitions?
À l’automne dernier, le gouvernement Legault a présenté une nouvelle vision économique visant à renforcer la productivité, à soutenir l’innovation et à consolider la compétitivité du Québec dans un contexte de transformation industrielle et technologique.
Le budget de mercredi prévoira-t-il les investissements nécessaires pour traduire cette vision en actions concrètes? Soutien à l’innovation, accompagnement des entreprises, développement de secteurs stratégiques, ou politiques industrielles ciblées : les choix budgétaires permettront de mesurer l’ampleur des moyens que le gouvernement est prêt à mobiliser.
Dans un contexte de contraintes financières, le défi consistera à démontrer que l’État peut encore agir comme levier de transformation économique sans compromettre la soutenabilité des finances publiques.
La réponse à ces cinq défis se trouvera dans le budget du 18 mars, que notre équipe va éplucher pour vous.



