Déclenchement de la campagne électorale au Québec : les dés sont lancés, mais rien n’est joué

LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot
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La première ministre du Québec, Christine Fréchette, s’est rendue ce matin auprès de la lieutenante-gouverneure du Québec afin de demander la dissolution de l’Assemblée nationale et de déclencher des élections générales. La campagne durera 39 jours, soit la plus longue durée prévue par la loi.
À la suite de sa rencontre avec la lieutenante-gouverneure, la première ministre sortante a demandé « un premier mandat d'un gouvernement Fréchette » de la part des Québécois. Gagnera-t-elle son pari d’une longue campagne? Nous le saurons le 5 octobre.
État des lieux
Équipe Christine Fréchette - Coalition avenir Québec (CAQ)
La cheffe de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette, tentera de se distancer du bilan des huit dernières années de la CAQ. Le changement de nom du parti en est un bon exemple. Mais bien qu’elle ait été élue pour la première fois en 2022 comme députée, puis nommée ministre avant de devenir première ministre du Québec en avril 2026, la population associe toujours sa formation politique à l’héritage de François Legault. Les partis d’opposition tenteront d’ailleurs de l’associer à son prédécesseur.
Ironiquement, malgré la saga et l’éclipse médiatique des derniers jours entourant la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, Mme Fréchette est probablement la cheffe de parti au Québec qui risque d’en sortir la plus gagnante. Elle réussit à maintenir une présence médiatique en raison de son rôle de première ministre et est perçue comme « première ministrable » au moment où les Québécois ont le plus besoin de leur gouvernement pour les soutenir (une dynamique qui n’est pas sans rappeler celle observée pendant la COVID-19). Cela fait en sorte qu’elle tire profit de la popularité du premier ministre canadien et la CAQ remonte tranquillement dans les sondages.
Mme Fréchette réussira-t-elle à relancer un parti que l’on croyait « mort » il y a quelques mois seulement? Reverrons-nous un air de déjà-vu à la Mark Carney? À suivre...
Parti québécois (PQ)
S’il y a un parti qui peut être désavantagé par une campagne électorale de 39 jours, c’est bien évidemment celui qui mène dans les sondages. Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, devra maintenir son avance, alors qu'il deviendra la principale cible de ses adversaires.
M. Plamondon peut encore espérer former un gouvernement majoritaire, mais il devra remporter plusieurs luttes serrées dans des circonscriptions majoritairement détenues par la CAQ.
Son principal défi sera de ne pas trop parler de souveraineté, un sujet qui demeure impopulaire auprès d'une majorité de Québécois. Ses adversaires tenteront assurément de ramener cet enjeu à l'avant-plan et de l'associer à l'incertitude que pourrait entraîner un éventuel référendum, et ce, même si les péquistes ont indiqué vouloir attendre la fin du mandat du président américain Donald Trump avant de soumettre la question à la population.
M. Plamondon réussira-t-il à imposer sa vision de gouvernement ou ses adversaires parviendront-ils à faire de la menace d'un référendum un enjeu de la campagne?
Parti libéral du Québec (PLQ)
Après un été ponctué de défis, le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, devait attendre ce jour avec impatience. Il n’a rien à perdre, au contraire, il a tout à gagner!
M. Milliard demeure peu connu du grand public. Il aura donc 39 jours pour se faire connaître, présenter sa vision pour le Québec et proposer des engagements concrets. Les libéraux voudront également faire oublier une dernière année au cours de laquelle ils ont surtout fait parler d’eux pour les mauvaises raisons.
Selon la tendance des derniers sondages, les chances que le PLQ, tout comme la CAQ, forme le prochain gouvernement sont extrêmement minces à l’heure actuelle. Cependant, une campagne électorale peut rapidement changer la donne. M. Milliard tentera notamment de renouer avec l’électorat francophone et de miser sur la régionalisation du PLQ. Autrement dit, les libéraux voudront se défaire de leur étiquette montréalaise et chercheront à faire des gains, notamment en Outaouais, en Estrie et en Montérégie.
Que proposera M. Milliard pour que sa formation politique redevienne la valeur refuge des électeurs qui souhaitent empêcher l’élection d’un gouvernement péquiste?
Québec solidaire (QS)
La co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, aura comme principal défi de conserver les circonscriptions actuellement détenues par sa formation politique. Après les nombreux départs parmi leurs députés « vedettes » – notamment Gabriel Nadeau-Dubois, Manon Massé et Christine Labrie – et la dégringolade dans les sondages d'une formation qui semble incapable de trouver le moyen de remonter la pente, Mme Ghazal aura beaucoup de pression sur les épaules. Elle devra éviter que sa formation ne perde son statut de groupe parlementaire reconnu à l'Assemblée nationale après le 5 octobre.
Dans les dernières semaines, nous avons vu une tentative du parti d'adopter une approche plus pragmatique. On pense notamment à Mme Ghazal qui a reconnu la « fatigue climatique » ressentie par les Québécois. Ce changement de ton semble témoigner d'une volonté de rallier des électeurs au-delà de la base traditionnelle de Québec solidaire.
Cela suffira-t-il pour élargir sa base électorale ou, au contraire, son électorat plus idéologique critiquera-t-il ce virage?
Parti conservateur du Québec (PCQ)
Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, tentera de faire ce qu'il n'a pas réussi à accomplir lors de la dernière élection générale : faire une véritable percée à l'Assemblée nationale. Les sondages lui permettent cette fois d'espérer plusieurs gains, particulièrement dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. M. Duhaime devrait d'ailleurs concentrer une bonne partie de sa campagne dans ces régions afin de convertir ses appuis dans les sondages en sièges.
Il sera soumis à beaucoup de pression. Il demeure la figure emblématique de sa formation politique, non seulement parce qu’il en est le chef, mais aussi parce que la population connaît peu son équipe. Il aura donc peu droit à l'erreur au cours des 39 prochains jours.
En plus de faire élire des députés, les conservateurs pourraient-ils se retrouver avec la balance du pouvoir dans un éventuel gouvernement minoritaire?
Les conseillers de NATIONAL suivront cette campagne de très près. Des analyses, balados et résumés seront produits et offerts à nos clients au cours des 39 prochains jours. Le résultat de cette élection aura nécessairement un impact sur la conduite de vos affaires. Nous vous invitons à communiquer avec nous pour voir juste.

