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Analyse de mi-campagne : Québec

Quand, en janvier 2019, Yves-François Blanchet est arrivé à la tête du Bloc québécois, après que Martine Ouellet lui ait légué un parti en lambeaux, et après une défaite historique et sans précédent du Parti québécois aux élections provinciales, on ne donnait pas cher de sa peau. Or, aujourd’hui, le chef bloquiste vogue vers une importante récolte au Québec, qui priverait libéraux et conservateurs de sièges dont ils auraient cruellement besoin pour former un gouvernement ou obtenir une majorité, et qui réduirait le NPD comme peau de chagrin.

Le dernier coup de sonde de Léger accorde aux troupes bloquistes 37% des intentions de vote chez les francophones, contre 24% pour les libéraux, un scénario encore improbable il y a quelques semaines à peine. Il n’en fallait pas plus pour qu’une nouvelle campagne électorale débute.

Après avoir été ignoré tant par les libéraux que par les conservateurs et les néo-démocrates, le Bloc fait maintenant l’objet d’un tir groupé. D’abord lente, mais certaine, la montée du Bloc s’est accélérée depuis le premier débat télévisé. Historiquement, les mouvements observés dans la deuxième moitié d’une campagne électorale ont rarement tendance à s’essouffler. Au contraire, ils tendent à s’amplifier. Et rien dans le dernier débat en français n’est de nature à changer cette nouvelle trajectoire.

Comment expliquer un tel succès, un pareil revirement? En fait, le Bloc a su incarner le courant nationaliste qui souffle sur le Québec depuis l’élection du gouvernement Legault. Il a réussi à le faire, sans sombrer dans le discours souverainiste dont les Québécois se sont lassés.

Le Bloc a-t-il atteint le plafond? Peut-il encore monter? Chose certaine, son vote est devenu « efficace »; chaque point de pourcentage qu’il gruge se traduit par de nouveaux sièges. Il contrecarre les plans des deux principaux partis pouvant aspirer à gouverner le pays. Et on le voit, il dérange.

Il serait simpliste de penser que les sièges qui basculeraient du côté du Bloc québécois sont ceux appartenant au NPD. À l’heure actuelle, le Bloc ferait des gains tant chez les néo-démocrates que chez les libéraux. Plus encore, il viendrait brouiller les cartes en provoquant des luttes à trois dont l’issue est imprévisible. Ironie du sort, le PLC pourrait perdre des comtés au détriment du Bloc québécois, tout en raflant une ou deux circonscriptions appartenant au Parti conservateur grâce à ce même Bloc. Ici s’arrêtent les spéculations, parce que la volatilité de l’électorat au cours des derniers jours rend hasardeuse toute hypothèse.

Les derniers 10 jours de cette campagne électorale risquent de donner lieu à des changements de stratégies au Québec. S’agira-t-il de tentatives désespérées, alors que les choix de l’électorat commencent à se cristalliser? Serait-ce trop peu, trop tard, alors que le vote par anticipation est maintenant débuté?

En tout cas, l’humeur des Québécois prend des allures de suspense national en rendant cette élection imprévisible. C’est ce qui arrive lorsqu’on oublie de surveiller son angle mort.

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Rédigé par John Sparks

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