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Un chèque en bleu

Crédit photo : LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Crédit photo : LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Le budget en un clin d'oeil

  • Revenus : 138,5 G$ (+2,2 %)
  • Dépenses : 136,6 G$ (+4,8 %)
  • Déficit budgétaire avant versement au Fonds des générations : 3,0 G$
  • Versement au Fonds des générations : 3,45 G$
  • Déficit : 6,45 G$ en 2022-2023
  • Dette brute : 215,2 G$ ou 43,1 % du PIB au 31 mars 2022
  • Dette nette : 199,0 G$ ou 39,8 % du PIB au 31 mars 2022
  • Croissance économique : 6,3 % en 2021, 2,7 % en 2022
  • Croissance des dépenses de programmes : 4,9 % en 2022-2023
  • Investissements en infrastructures : 7,5 G$ de plus au PQI 2022-2032 qui atteint 142,5 G$.

Quoi qu’en dise le premier ministre François Legault qui affirmait il y a quelques jours que le budget n’aurait pas des allures « électoralistes », l’exercice d’aujourd’hui a tout pour plaire à un électorat à six mois du prochain scrutin. Le ton est donné dès les premières pages : 6,4 millions de Québécois recevront un chèque de 500 $ pour contrer les effets de l’inflation. Le gouvernement annonce également des mesures pour contrer la crise du logement, source de grande inquiétude. L’aide aux particuliers, la « refondation » du système de santé et l’éducation occupent la large part de ce quatrième opus du ministre des Finances Éric Girard.

Le gouvernement s’appuie sur l’inflation galopante et l’incertitude de la guerre en Ukraine pour distribuer 3,2 milliards de dollars directement aux Québécois à quelques mois des élections. La hausse des coûts de l’essence, la rareté des logements et une inflation prévue à près de 5 % le poussent à agir pour aider les familles à joindre les deux bouts.

L’inflation étant une source d’inquiétude importante au sein de la population, le gouvernement Legault agit là où ça fait mal. Une inflation qui, selon plusieurs économistes, pourrait plonger l’économie mondiale en pleine récession. Ce montant retourné aux Québécois aurait pu couvrir entièrement le déficit avant le versement au Fonds des générations. La Coalition Avenir Québec fait plutôt le pari que la population appréciera davantage un chèque que le retour devancé à l’équilibre budgétaire.

Depuis son élection, le gouvernement Legault nous a habitués à des budgets marqués par une forte croissance des dépenses et ce budget n’y fait pas exception avec une hausse de 4,9 %. Parmi les bonnes nouvelles, soulignons que le déficit structurel a été réduit de plus de moitié (2,8 milliards vs 6 milliards) par rapport à la mise à jour de novembre dernier.

Après avoir fait monter les attentes sur la refondation du système de santé, le budget prévoit 1 G$ destiné à cet important chantier. Les fins détails arriveront plus tard par la voix du ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé, mais on sait d’ores et déjà que cette refondation reposera sur quatre grands principes : les ressources humaines, l’accès aux données, les technologies de l’information et les infrastructures. Par ailleurs, des changements concernant l’organisation du travail en santé sont au programme. On parle de « changer la culture », ce à quoi le gouvernement accorde 3,4 G$ supplémentaires.

Pour les entreprises, le gouvernement mise sur le déploiement de la Stratégie de la recherche et de l’innovation à laquelle est dédiée 1,3 G$ sur 4 ans. Une stratégie sur l’hydrogène vert et les biocarburants sera dévoilée prochainement tandis que le transport aérien régional (+255 M$) recevra également des sommes importantes. La relance touristique (+250 M$) et celle du milieu culturel (+255 M$) font aussi partie des secteurs auxquels on veut donner de l’élan.

Enfin, on sent que la CAQ cherche à taire les critiques sur ce qui constitue ses principaux talons d’Achille : Premières Nations, environnement, crise du logement et violence envers les femmes. En effet, chacun de ces secteurs reçoit une attention particulière dans le dernier budget du ministre Girard. Le gouvernement annonce d’importants montants pour lutter contre les violences sexuelles et favoriser l’égalité hommes-femmes. Le budget offre aussi un soutien au développement social et culturel des Autochtones. La surprise se trouve dans une bonification majeure du soutien aux organismes communautaires de près de 900 M$ sur 5 ans.

Du côté du Plan québécois des infrastructures, c’est 7,5 G$ de plus qui seront injectés sur 10 ans faisant passer les investissements totaux à 142,5 G$. Rappelons que le PQI totalisait 100,4 G$ en mars 2018. Parmi les nouveaux projets qui seront financés : le prolongement du métro de Montréal, le prolongement de l’autoroute 20 vers Rimouski, la reconstruction des CHSLD vétustes, l’agrandissement et la construction de nouvelles écoles, la transformation numérique de l’État et la transformation des milieux de travail gouvernementaux.

Alors, électoraliste ou pas ce budget? Chose certaine, il arrive à point nommé après que la CAQ ait vu ses appuis fléchir en début d’année et que les récents sondages indiquent que le Parti conservateur du Québec continue sa montée. Dans la conjoncture actuelle où la CAQ demeure seule en tête, elle n’a pas besoin de verser dans l’électoralisme. Cependant, offrir 500 $ à près de 95 % des adultes québécois est de nature à consolider sa popularité.

On peut s’attendre à ce que les partis d’opposition ne mâchent pas leurs mots pour dénoncer cette initiative jugée opportuniste. Il n’en demeure pas moins que la CAQ a bien pris la mesure de l’inquiétude des familles avec une réponse directe et interventionniste.

Fidèle à la tradition, le ministre des Finances a paradé devant les médias avec ses chaussures de circonstances : des souliers de course. Un choix judicieux sachant que le marathon électoral vient de débuter. Et quoi de mieux qu’un « chèque en bleu » pour mettre la balle au jeu.

Principales mesures

Faire face à l’augmentation du coût de la vie : 3,8 G$

  • Versement d’un chèque de 500 $ à 6,4 millions de Québécois ayant un salaire de moins de 100 000 $ (3,2 G$ sur 2 ans)
  • Accroissement de l’offre de logements abordables et amélioration de la qualité des logements (633,6 M$ sur 5 ans)

Santé : investissements supplémentaires de 5,2 G$

  • Annonce à venir sur le rétablissement du système de santé (1 G$ sur 5 ans)
  • Amélioration de la gestion et de la prestation du travail (3,4 G$ sur 5 ans)
  • Accélération du virage infonuagique, automatisation des opérations administratives et développement des applications pertinentes pour les établissements (788,9 M$ sur 5 ans)
  • Lutte contre de nouvelles vagues de COVID-19 (1,7 G$)

Mesures de stimulation économique : 4,2 G$

  • Déploiement de la Stratégie québécoise de la recherche et de l’Innovation (1,3 G$ sur 5 ans)
  • Nouveau programme de rehaussement de la cybersécurité (100 M$ sur 2 ans)
  • Transformation numérique des entreprises et de l’État (110 M$ sur 2 ans)
  • Appui au transport aérien régional (255 M$ sur 5 ans)
  • Allongement d’un an de la bonification du crédit d’impôt à l’investissement et à l’innovation (155 M$)
  • Renforcement de l’intégration en emploi des personnes immigrantes (290 M$ sur 5 ans)

Éducation et enseignement supérieur : investissements de 2,8 G$

  • Persévérance scolaire et réussite (1,6 G$ sur 5 ans)
  • Amélioration l'accès et la diplomation aux études supérieures (1,25 G$ sur 5 ans)

Action communautaire et soutien aux collectivités : 2,2 G$

  • Bonification du soutien à la mission des organismes communautaires (888 M$ sur 5 ans)
  • Lutte contre les violences sexuelles et égalité hommes-femmes (investissements supplémentaires de 163 M$ sur 5 ans)
  • Soutien au développement social et culturel des Autochtones (100 M$ de plus sur 5 ans)

Environnement : accélérer le virage

  • Plan pour une économie verte 2030 : 1 G$ de plus (2022-2027) dû à une hausse des revenus de la Bourse du carbone
  • Déploiement à venir de la Stratégie sur l’hydrogène vert et les bioénergies (100 M$ sur 4 ans)
  • Prolongation du rabais pour l’achat d’une voiture électrique jusqu’en 2026-2027
  • Encourager l’écoconception d’emballages (18 M$ sur 3 ans)

Prochaines étapes :

  • Débat sur le budget (25 heures)
  • Étude des crédits budgétaires en commissions parlementaires (100 heures)
  • Adoption (en mai)