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Luttes régionales : Québec

Les Québécois sont des électeurs stratégiques. Et, historiquement, ils nous ont habitués à certaines contradictions : appuyer Pierre Trudeau au niveau fédéral et René Lévesque au niveau provincial… Comme quoi, les Québécois ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier et voient l’alternance comme une police d’assurance. La vague orange de 2011, qui avait catapulté le NPD du défunt Jack Layton au rang d’opposition officielle, avait également pris naissance au Québec.

Gagner la confiance des Québécois sera un enjeu clé de la prochaine élection.

Voici les principales questions qui influenceront les résultats.

Trudeau regagnera-t-il la confiance des électeurs?

Le Parti libéral semble en tête dans les sondages à l’échelle de la province en raison de ses importants appuis dans la région métropolitaine de Montréal. Toutefois, il semble en déphasage avec les priorités des électeurs des régions rurales et éloignées sur les questions qui ont été au cœur des succès de la Coalition avenir Québec, soit l’immigration, la sécurité frontalière et le fédéralisme asymétrique.

Les plus pragmatiques se demanderont à quoi bon leur confier un nouveau mandat, eux qui ont été incapables d’équilibrer les finances publiques malgré une économie en plein essor. Les millénariaux préoccupés par l’environnement pourraient soulever l’incohérence, d’une part, de lutter contre les changements climatiques et, d’autre part, d’acheter un pipeline. Sans compter les reculs sur une réforme du mode de scrutin ou sur l’imposition de la taxe de vente sur les services numériques étrangers.

Chose certaine, le premier ministre voudra miser sur ce qui a fait son succès : son aisance sur le terrain et cette capacité à connecter avec l’électorat.

Qui tirera profit d’un nationalisme renouvelé?

Habitués à prendre le pouvoir sans réel appui au Québec, le Parti conservateur du Canada (PCC) et son lieutenant québécois, Alain Rayes, sont résolument déterminés à faire d’importantes percées au Québec. Grâce à un travail terrain remarquable, l’ancien maire a recruté bon nombre de candidats d’envergure. En voulant reproduire l’approche qui a contribué aux succès du gouvernement Legault, les conservateurs ont une occasion en or de mettre la main sur plusieurs comtés. Cependant, le spectre de l’administration conservatrice précédente, impopulaire au Québec, pourrait nuire à leurs chances.

Le PCC ne sera pas le seul parti à courtiser ce segment de l’électorat. Revigoré depuis la crise interne de l’an dernier, le Bloc québécois est dans sa meilleure posture depuis 2011 et souhaite retrouver sa pertinence d’antan, avec un message simple, mais audacieux : « Ce que le Québec veut, le Bloc québécois le veut ». Son nouveau chef, Yves-François Blanchet, un ancien ministre du gouvernement québécois et un ancien commentateur politique, a l‘habitude des joutes oratoires et des débats partisans.

Enfin, l’ancien ministre conservateur, Maxime Bernier, maintenant chef du Parti populaire du Canada, lutte pour sa propre survie. La forte opposition de Bernier à la gestion de l’offre dans une circonscription essentiellement rurale pourrait lui coûter son siège. Conséquemment, son parti pourrait s’avérer un véritable feu de paille.

Quel parti séduira le centre-gauche?

Deux trames narratives opposées se développent.

D’un côté, le NPD éprouve de sérieux problèmes. La sympathie héritée de la vague orange s’est épuisée. Le nouveau chef, Jagmeet Singh, un politicien charmant et charismatique, aurait pu faire compétition au premier ministre Trudeau sur le seul plan de la personnalité. Or, en tant que sikh portant le turban, il fait face à des obstacles presque impossibles à surmonter dans une province qui a fait de la laïcité un élément identitaire. Où l’érosion du NPD s’arrêtera-t-elle? C’est là une des grandes inconnues de cette équation. La coalition de 2011 rassemblait des syndicalistes, des environnementalistes urbains et des souverainistes. À l’heure actuelle, aucun de ces groupes ne semble susceptible de maintenir son appui au NPD. L’allégeance de ces groupes aura probablement un impact déterminant sur le résultat de l’élection.

D’autre part, l’appui du Parti vert n’a cessé de croître partout au Canada, y compris au Québec, où il a obtenu une surprenante troisième place à l’élection partielle de 2019 dans Outremont. Le Parti vert a le vent dans les voiles à l’échelle du pays. Sa chef, Elizabeth May, est considérée comme sympathique, honnête et compétente. Ces traits, ainsi que son accent en français, rappellent étrangement Jack Layton. Une bonne performance au Québec, bien qu’improbable, aiderait grandement le Parti vert à obtenir le statut de parti officiel. Mais à partir du moment où tous les partis, à l’exception des conservateurs, veulent se démarquer sur la question environnementale, le Parti vert est menacé sur son propre terrain.

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Rédigé par Kristan Hines | Sarah McLean | Bridget Burgess | Stephanie Bell

Luttes régionales : le Canada atlantique
18 juillet 2019