Allez au contenuAllez à la navigation

Le vrai test commence pour le télétravail

La pandémie de COVID-19 aura fait plonger de nombreux employeurs et leurs employés dans le télétravail. L’aspect « nouveauté » a suscité des craintes et des changements drastiques dans les méthodes de travail. Certains craignaient une perte de productivité ou la création d’un véritable « camp de vacances » des employés; d’autres ont pris avec philosophie les mesures pour naviguer sur cette mer agitée et hautement imprévisible.

Avons-nous vu le vrai visage du télétravail?

La plupart des télétravailleurs ont apprivoisé la situation au début du printemps alors que la neige fondait et que la nature reprenait vie. Plus le temps avançait, plus la chaleur marquait notre quotidien. Les télétravailleurs ont goûté au plaisir de travailler au grand air, de marcher durant les pauses ou encore d’aller dîner au parc, à quelques pas de la maison.

Plusieurs sondages ont démontré l’attachement profond des employés au télétravail. Des sondages avançant que seulement 8 % des employés voulaient revenir au bureau ont défrayé la chronique et il n’était pas rare d’entendre un collègue de travail prédire la fin des bureaux au centre-ville.

Le moment auquel la pandémie est survenue aura permis une transition en douceur. L’acclimatation au télétravail s’est faite au printemps, et son essor en plein été à travers la période des vacances, marquée par une charge de travail moins soutenue.

Une « crise climatique » guette le télétravail

Cependant, voilà que l’été tire à sa fin et la pandémie ne s’essouffle pas. Certaines entreprises ont déjà annoncé à leurs employés que le retour au bureau ne se ferait pas avant la fin 2020, voire en 2021. C’est dire que certains resteront encore loin de leur lieu de travail pour un bon moment. Même ceux qui ont traversé la période d’avril à août sans anicroche feront face à un défi substantiel au cours des prochains mois.

Des efforts considérables ont été réalisés pour maintenir le taux de productivité ou renforcer le sentiment d’appartenance et d’engagement du personnel. Le prochain défi sera celui de la santé mentale et de la détresse psychologique des employés à l’aube de la prochaine saison. Nous le savons tous, l’automne rime avec luminosité décroissante, climat frais, pluie et neige. C’est aussi la période qui est la plus propice aux dépressions saisonnières.

Le manque de luminosité (le soleil se couche très tôt), l’effet « nouveauté » qui s’estompe, l’ergonomie déficiente des derniers mois, la saturation des technologies (Zoom et Teams, pour ne nommer que celles-là), la reprise de la routine avec la rentrée scolaire ne sont que quelques exemples de facteurs qui mettront à l’épreuve l’efficacité du télétravail.

Que faire pour réussir cette transition?

Nous avons eu plusieurs mois pour expérimenter, modifier, corriger, ajuster et évaluer les différentes mesures, le potentiel et les limites du télétravail; il est maintenant temps d’officialiser le tout.

Tout gestionnaire qui souhaite réussir la transition vers l’implantation non plus temporaire, mais bien permanente du télétravail devra considérer plusieurs facteurs. La règle d’or de cette transition est d’implanter rapidement une politique de télétravail claire et détaillée. Loin de constituer une simple liste d’épicerie, une politique de télétravail efficace doit comprendre des éléments incontournables comme :

  • les attentes envers les télétravailleurs et le contexte du télétravail;
  • les obligations et les responsabilités des employeurs et des employés;
  • les horaires de travail;
  • la durée de la politique;
  • le type de postes admissibles;
  • l’encadrement des gestionnaires;
  • la santé et la sécurité au travail;
  • l’utilisation du matériel et la cybersécurité;
  • les canaux de communication possibles;
  • les ressources de soutien à distance;
  • tout autre aspect propre à votre organisation, car chaque politique est unique.

Au-delà de cette politique, d’autres éléments sont à considérer. En effet, la communication interne a joué, joue et jouera encore un rôle central dans la réussite des activités de télétravail. Plus les employés resteront longtemps en télétravail, plus le défi de l’engagement se posera. Il sera crucial de garder le contact avec les employés afin qu’ils se sentent membres à part entière d’une équipe, qu’ils se sentent investis d’une tâche et qu’ils reçoivent une rétroaction comme s’ils étaient au bureau.

D’ici quelques mois, nous entrerons dans une ère de « télétravail nordique ». Les journées qui raccourcissent, les congrès annulés, la météo extrême, l’accumulation de moments de solitude et la fatigue risquent de jouer sur le moral des troupes. Afin de poursuivre les succès générés par le télétravail depuis le printemps, tout gestionnaire devra bien doser ses communications et agir comme le ciment qui garde tous les éléments en un seul tout.

Les gestionnaires doivent maintenir un contact constant avec les télétravailleurs. Au-delà de la politique, le développement d’activités, le partage des bons coups et la facilitation des échanges entre les équipes doivent être valorisés. Pour ce faire, une organisation doit être consciente des modifications à apporter afin de passer d’un mode de gestion « présentiel » à un mode « virtuel », et cela inclut l’adaptation des outils de travail et la mise de côté des préjugés envers le télétravail.

La santé mentale des télétravailleurs constituera un enjeu de taille à très court terme. Plusieurs sentiront les effets de l’éloignement, du manque de motivation et de rétroaction, etc. Sachant que les horaires peuvent être plus flexibles et que des contraintes additionnelles peuvent parfois accompagner ce mode de gestion, il faudra dorénavant prioriser le résultat et le respect des échéances plutôt que de seulement comptabiliser les heures de travail. Cela viendra contrecarrer certains effets anxiogènes du télétravail où certains employés se sentent incapables de décrocher et s’imposent eux-mêmes des contraintes et des échéanciers très serrés.

Réussir cette transition et relever ce nouveau défi du télétravail 2.0 est un travail de longue haleine qui nécessite ouverture, doigté, respect et écoute. L’implantation du télétravail doit être gérée comme tout changement majeur que l’on désire effectuer en entreprise.

Nous avons réussi à traverser la première phase du télétravail, mais la deuxième pourrait être encore plus difficile. Assurez-vous d’être prêt.