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Le Québec en campagne électorale : un dernier débat

Les bons coups de la soirée – Luc Ouellet

François Legault a recours à plusieurs formules efficaces (« Une idée, une dépense, une taxe», « Les seuls qu’on veut expulser, c’est le Parti libéral », « M. Couillard a géré les finances publiques comme une caisse électorale »). Dans ses remarques de clôture, il met l’emphase sur son équipe dans un plaidoyer très senti en regardant les téléspectateurs dans les yeux.

Philippe Couillard mise sur son statut de premier ministre. Dans un rôle plus effacé, il résiste aux attaques, mais ne passe pas à l’offensive.

Après une première moitié de débat très indisciplinée et difficile, Jean-François Lisée se ressaisit vers la fin.

Avec son authenticité habituelle, Manon Massé courtise sa base électorale en parlant de transport collectif, d’environnement et de financement des services publics.

L’image et les bonnes lignes – Michel Rochette

Beaucoup d’élans ont été freinés par le cadre strict du débat : les interventions qui référaient parfois à d’autres thèmes étaient régulièrement coupées par l’animateur Pierre Bruneau. Un cadre peut-être trop sévère puisque, par exemple, à travers tous les questions de l’animateur, il aura fallu attendre le thème « économie et finances publiques » pour qu’enfin une question soit posée sur l’incontournable enjeu environnemental.

Notons plusieurs échanges et déclarations marquantes :

« Le seul qu’on veut expulser, c’est le Parti libéral »

François Legault, questionné sur les possibles expulsions d’immigrants.

« C’est important pour une société démocratique de s’occuper des droits des minorités autrement que par sondages »

Philippe Couillard, sur le même thème.

« Vous avez beaucoup écrit quand vous étiez indépendantiste et vous étiez très convaincant à l’époque. (…) Si vous voulez qu’on fasse, vous et moi, un débat sur nos écrits passés, je vais être content ».

Jean-François Lisée, questionné par François Legault sur un passage du livre « Sortie de secours » écrit par le chef péquiste.

« L’ennemi, c’est la peur »

Manon Massé en expliquant que ses adversaires n’étaient pas les autres chefs.

P. Couillard : « Je pense que vous n’aimez pas la Gaspésie »

F. Legault : « J’aime pas le gaspillage. »

…suivi de « comme je l’ai déjà dit », en référence à une même déclaration faite lors de l’élection générale de 2014 : « Oui, j’aime les Gaspésiens, mais je n’aime pas le gaspillage ».

« Vous n’êtes pas le chef de Québec solidaire, qui est le chef et pourquoi il n’est pas au débat? », a demandé Jean-François Lisée à Manon Massé, après un long préambule dans les premières minutes du débat, provoquant d’ailleurs une altercation entre le chef péquiste et l’animateur alors que les échanges devaient porter sur la santé.

« Ici même, à Montréal, cette semaine, il y a des familles qui font leur épicerie malheureusement avec ce budget-là. Il faut le reconnaitre, sinon c’est manquer totalement de sensibilité à leur égard », a expliqué le chef libéral, questionné sur sa déclaration au sujet de l’épicerie à 75$.

« Je ne suis pas parfait, il m’arrive de faire des erreurs », a reconnu M. Legault, en référence aux déclarations difficiles de la dernière semaine. Déclaration similaire pour Manon Massé : « J’ai fait une erreur », lorsque questionnée par Jean-François Lisée sur une déclaration qu’elle avait faite en anglais il y a 4 ans.

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On ne peut commenter un débat sans porter attention au langage non-verbal, considéré comme tout aussi important que le contenu.

François Legault était combatif, autant dans le propos que dans la posture. Difficile de ne pas porter attention aux nombreuses mimiques et mouvements de lèvres lorsqu’il écoute ses adversaires.

Philippe Couillard était calme, malgré les échanges musclés. Il n’a jamais paru décontenancé par les attaques.

Jean-François Lisée a joué le tout pour le tout, mais ses déclarations ont été souvent été entrecoupées par le cadre du débat.

Manon Massé, au ton toujours posé, détonne à chaque débat.

Recentrage des messages et blitz en vue ! - Pierre Guillot-Hurtubise

Ces bons et moins bons coups seront-ils suffisants pour confirmer un clair gagnant du débat ? Probablement... et ce sera certainement l’enjeu de perception des prochaines heures, mais cela ne durera qu’une journée ou deux, tout au plus. De quoi apporter un peu d’eau au moulin pour la suite, mais certainement pas assez pour remplir les dix derniers jours de campagne, une période suffisamment longue pour faire encore bouger l’aiguille du compteur.

Maintenant que toutes les promesses sont connues, les partis vont marteler les messages généraux qu’ils jugent les plus porteurs. Par ailleurs, le débat des chefs en a déjà montré les premiers signes : on va bientôt entrer dans la phase de l’appel au vote stratégique. Les phrases « un vote pour XX équivaut à un vote pour YY » ou « il n’y a que notre parti qui a une véritable chance de… » vont devenir de plus en plus fréquentes. On peut bien penser que cela ne témoigne pas de la plus grande élévation politique, mais il s’agit d’un élément incontournable, voire nécessaire, d’une campagne à quatre partis dans un système uninominal à un tour de type britannique. Les citoyennes et citoyens politisés se poseront certainement ces questions fondamentales : dois-je voter avec mon cœur ou ma tête ? Quel est mon véritable objectif au terme de cette élection ?

Par ailleurs, n’oublions jamais qu’une frange importante de l’électorat, celle qui fait et défait les gouvernements ou marque irrémédiablement les résultats référendaires, ne déterminera pas son vote en procédant à une analyse fine des plateformes, ni même en jugeant les principaux engagements des partis. L’opinion des membres de la famille, du cercle d’amis, des collègues de travail ou des camarades de classe, bref l’effet de groupe emportera souvent la mise. Voilà pourquoi tous les partis s’évertueront à montrer que « la tendance » est en leur faveur, sondage à l’appui à chaque fois que possible. L’histoire des récentes vagues électorales démontre hors de doute l’importance de cet élément en fin de campagne.

Alors, comment voir clair dans ce dernier blitz de campagne ? En portant une attention particulière aux trajets qu’emprunteront les autobus des chefs, témoignant à la fois des véritables terrains de bataille, mais aussi des véritables objectifs de chacun des partis. L’analyse des circonscriptions visitées restera toujours une façon agréable de jouer les experts et tenter de lire entre les lignes de la cacophonie des messages politiques des prochains jours !

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Luc Ouellet : Tous les vendredis après-midi à Mordus de politique sur Ici RDI et les mercredis au FM93

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