Le pouvoir des expériences partagées : ce que les séries éliminatoires du CH montrent aux communicateurs
LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes
Ce qui est le plus remarquable dans le parcours des Canadiens de Montréal en séries éliminatoires, ce n’est pas seulement ce qui se passe sur la glace. C’est ce qui se passe autour.
Partout à Montréal et bien au-delà du Québec, les gens se rassemblent dans les bars, les restaurants et les salons pour regarder les parties ensemble. Des communautés entières sont unies par une expérience émotionnelle commune. Pendant quelques heures, la politique, le stress au travail et les divisions sociales passent au second plan. Le même phénomène s’est produit lors de la participation des Blue Jays à la Série mondiale l’année dernière.
Les espaces publics deviennent des lieux de rassemblement, et des personnes qui, autrement, n’ont que peu de points communs partagent soudainement les mêmes joies et les mêmes peines. Dans une société fragmentée et de plus en plus individualisée, ces moments comptent plus que nous ne le réalisons souvent.
À une époque où une grande partie de la vie est devenue individualisée et numérique, ces moments nous rappellent quelque chose de profondément humain : les gens ont toujours soif d’expériences partagées, d’émotions partagées.
Cela a des implications importantes pour les organisations qui cherchent à communiquer, à instaurer la confiance et à susciter l’engagement dans le contexte actuel.
La communication aujourd’hui
Au cours de la dernière décennie, les stratégies de communication se sont considérablement perfectionnées en matière de personnalisation, de segmentation et d’engagement numérique hyperciblé. Les organisations sont désormais très douées pour s’adresser à chaque individu. Mais ce faisant, beaucoup ont sous-estimé la valeur stratégique de la création de moments que les gens vivent ensemble. Dans un environnement médiatique fragmenté, la denrée la plus rare n’est pas l’attention. C’est l’attention partagée.
Les expériences partagées génèrent quelque chose de de plus en plus difficile à obtenir dans le contexte de communication actuel : l’attention collective.
Lorsque les gens vivent quelque chose ensemble, cela devient plus crédible, mémorable et influent, car cela est renforcé socialement, et pas seulement individuellement. C’est pourquoi le sport conserve un tel pouvoir culturel. Un match éliminatoire des Canadiens n’est pas simplement un contenu ou un divertissement. C’est un rituel collectif. Des millions de personnes réagissent simultanément, célèbrent ensemble et créent des souvenirs ensemble.
Les meilleures campagnes de relations publiques et d’affaires publiques fonctionnent de la même manière. Elles ne se contentent pas de diffuser des informations. Elles suscitent la participation, favorisent le dialogue et créent un lien émotionnel. Elles offrent aux gens une cause à défendre et une raison d’interagir les uns avec les autres.
Cela est d'autant plus important dans un environnement médiatique fragmenté où les publics évoluent de plus en plus au sein d'écosystèmes numériques personnalisés. Les moments partagés se démarquent du bruit ambiant car ils créent des points de référence communs. Ils créent un sentiment d'appartenance : quelque chose que les organisations ont de plus en plus de mal à générer par le seul biais de leurs messages.
C'est aussi pourquoi la communication expérientielle est importante. Les organisations ne peuvent pas compter uniquement sur des messages transactionnels ou des campagnes publicitaires soignées pour instaurer la confiance et l'engagement. Les publics attendent de la participation, de la pertinence et une raison crédible de s'engager.
Les organisations qui réussiront seront celles capables de créer des expériences auxquelles les gens choisissent activement de s’associer, que ce soit par le biais d’événements en direct, d’initiatives d’affaires publiques, d’engagement communautaire, de partenariats ou de récits qui créent une résonance émotionnelle ancrée dans une compréhension authentique des publics qu’elles servent.
Dans un monde saturé de contenus personnalisés, l’engagement de masse est devenu l’un des défis de communication les plus difficiles à relever. Créer une résonance émotionnelle partagée est l’un des moyens par lesquels les organisations peuvent commencer à y répondre.
Ce que cela signifie pour les organisations
Chez NATIONAL, ce sont là les discussions que nous menons avec nos clients, qui cherchent à renforcer l'engagement, la confiance et les liens dans un environnement de plus en plus fragmenté.
Cela revêt une importance particulière dans le domaine des affaires publiques, où la confiance dans les institutions est fragile et où le débat public est de plus en plus polarisé. La confiance du public ne se construit pas uniquement par le biais d’annonces politiques ou d’expertise technique. Elle se construit lorsque les gens se sentent liés les uns aux autres, à leurs communautés et aux institutions qui les entourent.
Alors que l’intelligence artificielle, le télétravail et la personnalisation numérique continuent de remodeler la société, les expériences qui rassemblent les gens physiquement et émotionnellement ne feront que gagner en valeur.
Bien sûr, aucune organisation ne peut simplement recréer le lien émotionnel suscité par une victoire lors du 7e match (Go Habs Go!). C’est précisément là où réside tout l’enjeu. Les expériences partagées ne peuvent être imposées. Elles doivent être méritées par la pertinence, la crédibilité et la participation. Mais les organisations peuvent créer les conditions permettant aux gens de se rassembler, de s’engager, de contribuer et de se sentir partie intégrante de quelque chose qui les dépasse.
Pour les organisations, le défi ne consiste plus simplement à atteindre leur public. Il s’agit désormais de le rassembler. Les marques, les institutions et les dirigeants qui réussiront seront ceux qui seront capables de créer du sens, un sentiment d’appartenance et des expériences émotionnelles partagées auxquelles les gens souhaitent sincèrement prendre part.
Car en fin de compte, les êtres humains sont tout simplement mieux ensemble.