Des infrastructures conçues pour un climat qui n'existe plus

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Pendant de nombreuses années, les changements climatiques ont été abordés principalement sous l'angle de la protection de l'environnement. Aujourd'hui, cette vision est dépassée. Ils redéfinissent progressivement la façon de concevoir, d'entretenir et d'exploiter les infrastructures de transport, tout en influençant directement la résilience économique, la sécurité des chaînes d'approvisionnement et, dans une certaine mesure, les capacités de défense.
L'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) qualifie d'ailleurs les changements climatiques de threat multiplier, c'est-à-dire un facteur qui amplifie les risques existants.
Les infrastructures de transport ont été développées dans un contexte climatique relativement stable. Routes, ponts, chemins de fer, ports, aéroports et réseaux de transport collectif ont tous été conçus selon des données climatiques historiques qui ont longtemps servi de référence aux ingénieurs.
Cette réalité n'existe plus.
Les gestionnaires doivent désormais composer avec des vagues de chaleur plus fréquentes, des épisodes de pluie intense, des inondations, des cycles de gel et de dégel plus marqués ainsi que la fonte du pergélisol. Le défi n'est plus seulement de réparer les infrastructures après une catastrophe, mais bien de maintenir des réseaux performants dans un environnement climatique de plus en plus imprévisible.
Des réseaux de transport de plus en plus difficiles à exploiter
La chaleur constitue un bon exemple.
Lors des épisodes de températures extrêmes, les chaussées se déforment plus rapidement, les joints de ponts sont davantage sollicités et les rails se dilatent. Les exploitants ferroviaires doivent parfois réduire la vitesse des trains afin d'éviter le flambement des rails. La Commission économique des Nations Unies pour l'Europe (UNECE) considère d'ailleurs que le réseau ferroviaire figure parmi les infrastructures de transport les plus vulnérables aux changements climatiques.
Les infrastructures aéroportuaires sont elles aussi touchées. L'augmentation des températures réduit la densité de l'air, ce qui diminue la performance des aéronefs. Les avions doivent parcourir une plus grande distance avant de décoller et peuvent être contraints de réduire leur charge utile, leur quantité de carburant ou le nombre de passagers transportés. L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) souligne que ces phénomènes auront des impacts croissants sur les opérations aériennes et que les infrastructures devront être adaptées aux nouvelles réalités climatiques.
Ces situations ne provoquent pas nécessairement l'arrêt complet des réseaux, mais elles réduisent leur efficacité opérationnelle. Les ralentissements se multiplient, les coûts d'entretien augmentent et les marges de manœuvre des gestionnaires diminuent.
Quand une infrastructure s'arrête, c'est toute l'économie qui ralentit
Les conséquences dépassent largement le secteur des transports.
Chaque fermeture d'une route, d'une voie ferrée ou d'un pont entraîne des détours, retarde les livraisons, perturbe les réseaux de transport collectif, mobilise les services d'urgence et fragilise les chaînes d'approvisionnement. Un événement local peut ainsi produire rapidement des répercussions économiques à l'échelle d'une province ou d'un pays.
Les inondations de la Colombie-Britannique en 2021 illustrent parfaitement cette réalité. La fermeture simultanée de plusieurs corridors routiers et ferroviaires reliant le port de Vancouver au reste du Canada a perturbé pendant plusieurs semaines les chaînes d'approvisionnement nationales. Plusieurs secteurs économiques ont subi des pertes importantes, démontrant à quel point la résilience des infrastructures est devenue un enjeu de compétitivité.
Le Québec est déjà confronté à cette nouvelle réalité
Le Québec connaît lui aussi les effets de cette transformation.
Les inondations de 2017 et de 2019, les pluies exceptionnelles dans Charlevoix ainsi que plusieurs tempêtes hivernales ont démontré que les infrastructures doivent désormais résister à des conditions beaucoup plus exigeantes que celles qui prévalaient lors de leur conception.
Cette évolution transforme également la gestion des actifs.
Pendant longtemps, les programmes d'entretien reposaient principalement sur le vieillissement normal des infrastructures. Aujourd'hui, les événements climatiques accélèrent cette détérioration et rendent beaucoup plus complexe la planification des investissements.
Une route qui devait être réhabilitée dans quinze ans pourrait nécessiter des travaux majeurs beaucoup plus tôt.
Un ponceau dimensionné selon les normes d'il y a trente ans pourrait devenir insuffisant après seulement quelques épisodes de pluie intense.
De là l’importance de se doter de fonds de prévoyance pour entretenir nos routes.
La résilience devient un facteur de compétitivité
Les entreprises fonctionnent aujourd'hui grâce à des réseaux logistiques fortement intégrés.
Une interruption sur un corridor ferroviaire, une autoroute ou un port peut rapidement entraîner des retards de production, des ruptures d'approvisionnement et une augmentation des coûts de transport.
La résilience des infrastructures devient ainsi un véritable facteur de compétitivité économique.
Les régions nordiques présentent des défis supplémentaires. La fonte du pergélisol fragilise les routes, les pistes d'atterrissage et plusieurs infrastructures essentielles. Dans certaines communautés, une seule route ou un seul aéroport assure l'approvisionnement en nourriture, en carburant et en matériel médical. La fiabilité de ces infrastructures devient donc un enjeu de continuité des services publics.
Concevoir les infrastructures de demain
Face à ces défis, la conception des infrastructures évolue rapidement.
Les ingénieurs utilisent de plus en plus les projections climatiques plutôt que les données historiques afin de dimensionner les ouvrages. Les capacités de drainage sont revues à la hausse, les matériaux sont adaptés aux températures extrêmes et les méthodes de gestion des actifs évoluent afin d'anticiper les risques plutôt que de simplement y réagir.
L'objectif n'est plus uniquement de construire des infrastructures performantes.
Il est de construire des infrastructures capables de demeurer performantes malgré un climat en évolution.
Cette approche est aujourd'hui au cœur des travaux de Transports Canada, de Logement, Infrastructures et Collectivités Canada, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de plusieurs organisations internationales. Toutes arrivent à la même conclusion : la résilience des infrastructures constitue désormais un élément fondamental de la gestion moderne des réseaux de transport.
Les infrastructures de transport, un enjeu de sécurité nationale
Les changements climatiques ont également des répercussions importantes sur les capacités de défense et de sécurité, principalement parce que les forces armées dépendent de réseaux de transport fiables pour assurer leurs opérations.
Pour le Canada, l'Arctique représente probablement le meilleur exemple de cette interaction. La réduction de la couverture de glace ouvre progressivement de nouvelles routes maritimes et accroît l'importance stratégique de la région. C'est pourquoi le ministère de la Défense nationale, dans sa politique Notre Nord, fort et libre (2024), prévoit des investissements importants afin de moderniser les infrastructures nordiques, de renforcer les capacités logistiques et d'assurer une présence durable dans les régions les plus exposées aux effets des changements climatiques. L'OTAN considère désormais l'Arctique comme une région où les changements climatiques modifient directement les besoins en matière de sécurité et de mobilité.
Anticiper plutôt que subir
Cette vision est aujourd'hui largement partagée.
L'OCDE, le GIEC, l'OACI, la Commission économique des Nations Unies pour l'Europe, Logement, Infrastructures et Collectivités Canada et Transports Canada recommandent désormais que les nouvelles infrastructures soient conçues non plus selon le climat du siècle dernier, mais en fonction des projections climatiques des cinquante à cent prochaines années.
Les changements climatiques ne représentent donc plus uniquement un défi environnemental. Ils transforment la façon de planifier les investissements, de gérer les actifs, d'assurer la mobilité des personnes et des marchandises, de maintenir les chaînes d'approvisionnement, de renforcer la sécurité des territoires et de garantir la continuité des services essentiels.
Pour le Québec, cette réflexion revêt une importance particulière. Les grands projets de transport actuellement envisagés ou en développement, qu'il s'agisse des ports de Montréal, de Québec et de Sept Îles, des corridors ferroviaires, des infrastructures routières stratégiques ou des installations aéroportuaires, devront intégrer les principes de résilience climatique dès leur conception.
Les investissements réalisés aujourd'hui détermineront la capacité de ces infrastructures à soutenir la croissance économique, la mobilité des citoyens et la prospérité du Québec pour les prochaines décennies.
Le véritable coût des changements climatiques ne sera pas uniquement celui des catastrophes de demain, mais celui des infrastructures que nous n'aurons pas adaptées aujourd'hui.
Les changements climatiques transforment déjà les règles du jeu. Pour les organisations publiques et privées, l'enjeu n'est plus simplement de s'adapter, mais d'anticiper. Chez NATIONAL, nous accompagnons nos clients dans cette transition en les aidant à comprendre les nouvelles attentes des gouvernements, à positionner leurs projets stratégiques et à bâtir des approches qui concilient résilience, acceptabilité sociale et création de valeur.


