Au-delà des élections municipales en Ontario : à quoi s'attendre?

LA PRESSE CANADIENNE/Sammy Kogan

Plus tôt cette semaine, les Ontariennes et les Ontariens se sont rendus aux urnes pour élire les maires et les membres des conseils municipaux de différentes villes de la province. Les courses à la mairie de Toronto, de Mississauga et de Hamilton ont particulièrement retenu l’attention, les électeurs ayant réservé des sorts très différents aux titulaires. Une chose est claire : ces résultats ne traduisent pas un rejet généralisé des élus sortants à l’échelle de la province, mais plutôt une évaluation, à l’échelle locale, du bilan des dirigeants et des défis auxquels leurs collectivités demeurent confrontées. Ils montrent également que la capacité des administrations municipales à concrétiser leurs engagements dépendra non seulement des maires, mais aussi des personnes élues à leurs côtés.

À Toronto, la mairesse Olivia Chow a été réélue avec une nette majorité de 54,16 % des voix, malgré des sondages préélectoraux qui laissaient présager une course plus serrée contre Brad Bradford. À Mississauga, Alvin Tedjo a créé la surprise en remportant la victoire devant la mairesse sortante Carolyn Parrish et l’ancienne mairesse Bonnie Crombie. Relativement peu connu au début de la campagne, Tedjo a progressivement gagné du terrain face à Parrish, ancienne députée fédérale de la région, et à Crombie, qui a dirigé le Parti libéral de l’Ontario avant de démissionner pour renouer avec ses ambitions municipales. À Hamilton, la mairesse sortante Andrea Horwath a terminé au troisième rang, tandis que son adversaire Keanin Loomis a remporté la victoire avec plus de 40 % des voix. Avant son élection à la mairie en 2022, Horwath avait dirigé le Nouveau Parti démocratique de l’Ontario.

Mais que signifient ces résultats?

À Toronto, malgré plusieurs changements au conseil municipal, Olivia Chow conserve la confiance des électeurs, grâce à une coalition de soutien qui rassemble les progressistes, les travailleurs syndiqués et les électeurs modérés. Sa victoire convaincante pourrait également être interprétée comme une reconnaissance de ses réalisations au cours de son premier mandat, notamment l’entente historique négociée avec le gouvernement du premier ministre Doug Ford. Celle-ci a permis d’obtenir plus d’un milliard de dollars en nouveaux investissements pour la Ville, notamment dans les transports collectifs et la voie express Gardiner.

Depuis son élection, Olivia Chow entretient des relations positives et collaboratives avec le premier ministre, notamment en matière d’infrastructures municipales et de logement, malgré quelques désaccords sur certains dossiers, comme les pistes cyclables. Par ailleurs, même si Brad Bradford a été défait, les 41,11 % des voix qu’il a obtenues montrent que son discours axé sur le changement a trouvé écho auprès d’une partie importante de l’électorat torontois, notamment en ce qui concerne la criminalité, la congestion routière et le coût de la vie. Il s’agit d’ailleurs du résultat le plus serré d’une élection à la mairie de Toronto mettant en lice un maire sortant depuis 26 ans.

À Mississauga, la victoire d’Alvin Tedjo témoigne d’une volonté de changement de la part des électeurs, au terme d’une campagne marquée par les tensions entre Parrish et Crombie. Tedjo a su se présenter comme une solution de rechange crédible pour diriger la Ville, alors que celle-ci fait face à des pressions croissantes en matière de développement des infrastructures et de transport collectif.

À Hamilton, la défaite d’Andrea Horwath traduit elle aussi une forte volonté de changement, dans une ville qui continue de subir les répercussions des droits de douane liés aux négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis.

Les défis à venir et la capacité de concrétiser les engagements

Les nouveaux maires et leurs conseils municipaux devront composer avec des défis qui demeurent bien présents dans leurs collectivités. L’abordabilité, la capacité et le développement des infrastructures, le logement et la sécurité ont tous occupé une place importante dans les campagnes électorales municipales.

L’efficacité des solutions proposées dépendra de la capacité des maires à rallier des appuis au sein de leur conseil municipal.

À Toronto, par exemple, sept nouveaux membres feront leur entrée au conseil municipal, aux côtés de 18 élus reconduits dans leurs fonctions. Cette nouvelle composition apportera des perspectives différentes et pourrait modifier les rapports de force au sein du conseil. Le départ de plusieurs conseillers influents laissera également vacants des postes de direction importants, notamment au sein des comités responsables de la Commission de transport de Toronto (TTC), de l’urbanisme et du logement, des infrastructures et de l’environnement, ainsi que de la santé publique.

Ces changements sont importants, car les comités jouent un rôle déterminant dans l’établissement des priorités et l’élaboration des politiques municipales. Si la réélection d’Olivia Chow assure une certaine continuité dans des dossiers prioritaires comme le logement et le transport collectif, la nouvelle composition du conseil l’obligera à rebâtir des relations et à obtenir les appuis nécessaires pour faire avancer ses différentes propositions.

Comprendre les rapports d’influence et mobiliser les acteurs clés

Savoir qui occupe la mairie ne représente qu’une partie de l’équation. Au-delà de la fonction de maire, les comités du conseil municipal jouent un rôle institutionnel essentiel dans la transformation des priorités politiques en décisions concrètes touchant notamment le transport collectif, le logement et les infrastructures.

Les présidences de ces comités peuvent exercer une influence considérable sur les enjeux qui retiennent l’attention, les propositions qui progressent et les recommandations qui sont finalement soumises au conseil municipal.

Ces nominations, qui seront annoncées d’ici le début du nouveau mandat du conseil, le 15 novembre, permettront de mieux comprendre comment chaque maire entend constituer une coalition capable de gouverner. Les séances inaugurales, les nominations, les changements au sein du personnel et les premiers rapports budgétaires permettront également de déterminer quels engagements disposent d’une véritable voie de mise en œuvre.

La clé du succès ne consiste pas simplement à déterminer si une promesse électorale correspond aux objectifs de votre organisation. Il faut surtout comprendre comment cette promesse peut se traduire en décisions concrètes au sein de l’appareil gouvernemental.

Les organisations devraient profiter de cette période de transition pour préciser la prochaine décision nécessaire à l’avancement de leur dossier, les retombées pour la collectivité et les répercussions financières qui y sont associées. Elles pourront ensuite mobiliser les élus et les responsables administratifs qui détiennent les leviers nécessaires à sa réalisation.

Les résultats électoraux ne constituent donc qu’une première étape pour comprendre les dynamiques politiques locales et les mécanismes qui orienteront les prises de décision.

Si votre organisation envisage de communiquer avec les nouvelles administrations municipales au sujet d’une politique publique ou d’un projet, l’équipe de NATIONAL est là pour vous accompagner. Notre équipe de spécialistes peut vous aider à préciser votre demande, à déterminer les ordres de gouvernement concernés et à renforcer votre argumentaire.

Rédigé parAndrea ChiappettaDirecteur
Rédigé parStephen AdlerDirecteur principal, Affaires publiques
Rédigé parArshiya BhatiaCoordonnatrice