Un scénario gagnant-gagnant-gagnant : la nouvelle entente de Churchill Falls

Les gouvernements de Terre-Neuve-et-Labrador (T.-N.-L.), du Québec et du Canada se sont réunis à Saint-Jean le 17 août pour marquer une étape importante dans les relations entre les deux provinces : un nouvel accord non contraignant concernant Churchill Falls, qui remplace l'entente de principe de 2024 conclue entre Newfoundland and Labrador Hydro et Hydro-Québec.

Ce nouvel accord apporte plusieurs modifications importantes à la proposition de 2024, notamment en ce qui concerne la quantité d’électricité mise à la disposition de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, l’accès aux marchés d’exportation et le soutien fédéral.

Points à retenir

  • L’entente devrait générer une valeur de 49 milliards de dollars pour Terre-Neuve-et-Labrador en valeur actuelle nette (VAN) en 2026, contre 36 milliards de dollars dans le cadre du précédent entente de principe en VAN en 2024.
  • Terre-Neuve-et-Labrador pourrait conserver 2 350 MW provenant de Churchill Falls et de Gull Island, contre 1 990 MW dans le cadre de l’entente de principe de 2024. Combinés aux 400 MW provenant d’un projet éolien de 2 000 MW prévu au Labrador, cela représente une augmentation de 760 MW de la puissance disponible pour la province.
  • Terre-Neuve-et-Labrador aurait accès à une capacité de transport et d’exportation pouvant atteindre 985 MW, y compris des lignes desservant New York et la Nouvelle-Angleterre, ce qui donnerait à Newfoundland and Labrador Hydro davantage d’options pour vendre de l’électricité en dehors de la province.
  • Le projet « Labrador Trough Clean Power, Critical Minerals and Infrastructure Corridor » sera soumis à l’examen du Bureau fédéral des grands projets.
  • La nouvelle remise sur l’électricité de la rivière Churchill permettrait aux consommateurs résidentiels de Terre-Neuve-et-Labrador d’économiser 15 % sur les 2 000 premiers kWh par mois, ce qui représente une économie annuelle estimée à 351 $ pour un ménage moyen.

Le rôle d’Ottawa

L’un des changements majeurs par rapport à l'entente de principe de 2024 réside dans l’implication du gouvernement fédéral. Ottawa devrait soutenir plusieurs volets du plan de développement global, notamment en prenant une participation pouvant aller jusqu’à 40 % dans le projet éolien de 2 000 MW prévu au Labrador, en accordant une garantie de prêt pour Gull Island et en apportant son soutien à la mise en place de nouvelles infrastructures de transport d’électricité au Labrador.

Le financement fédéral et les garanties de prêt pourraient réduire l’exposition de Terre-Neuve-et-Labrador aux coûts substantiels et aux risques financiers liés au développement de Gull Island et d’autres infrastructures. Le soutien apporté au réseau de transport d’électricité pourrait également contribuer à mettre à disposition davantage d’électricité pour l’exploitation minière et le développement des minéraux essentiels au Labrador.

L'équation énergétique du Québec

Pour le Québec, cette entente garantirait une source importante d'électricité à long terme, alors que la province doit faire face à une demande croissante liée à l'électrification et au développement industriel. Hydro-Québec prévoit une forte croissance de la demande en électricité au cours des prochaines décennies, ce qui confère à l'accès à l'hydroélectricité du Labrador une importance stratégique.

L’accord révisé garantit à Hydro-Québec un approvisionnement engagé de 6 915 MW, avec un potentiel de production supplémentaire à l’étude, qui pourrait porter le total à environ 10 000 MW. Hydro-Québec a également mis l’accent sur le coût de l’électricité, estimant un prix moyen d’environ six centimes par kWh dans le cadre de cette nouvelle entente.

Pour le Québec, la garantie de cet approvisionnement à long terme s’accompagne de conditions considérablement différentes de celles de L’entente historique de Churchill Falls, notamment un accès accru de Terre-Neuve-et-Labrador à sa propre électricité et aux marchés d’exportation.

Prochaines étapes

L'automne sera une période importante pour les deux provinces. Le Premier ministre Wakeham rouvrira la Chambre d'assemblée le 14 septembre afin d'examiner l'entente avec les députés provinciaux, tandis que la Première ministre Fréchette devra convoquer des élections provinciales avant le 5 octobre.

Les élections au Québec comportent un risque politique et un risque lié à la mise en œuvre, car l’entente reste non contraignante et les négociateurs cherchent à finaliser des accords définitifs d’ici la fin de l’année. Le Parti québécois s’opposant à l’entente et affichant actuellement de bons résultats dans les sondages, un changement de gouvernement pourrait affecter les négociations ou le calendrier de mise en œuvre. Cette entente risque de devenir un enjeu électoral, les partis étant confrontés à une question plus large : comment le Québec doit-il s’assurer de l’électricité supplémentaire dont il a besoin pour l’électrification et la croissance économique, et à quel coût?

Au-delà du calendrier politique, un travail considérable reste à accomplir. Des accords définitifs doivent être conclus, les grands projets nécessiteront un financement et des autorisations réglementaires, et les modalités de participation et d’avantages pour les communautés autochtones font toujours l’objet de discussions. Ces détails détermineront en fin de compte dans quelle mesure la valeur prévue dans cette entente sera effectivement réalisée.

Rédigé parAdam D'AgostinoDirecteur, Communications stratégiques
Rédigé parHayley ShaughnessyDirectrice principale et leader, Terre-Neuve-et-Labrador