Allez au contenuAllez à la navigation

Remaniement ministériel à Québec : à chaque problème, une solution

Crédit photo : La Presse canadienne/Ryan Remiorz

Crédit photo : La Presse canadienne/Ryan Remiorz

Depuis son arrivée comme premier ministre, François Legault s’est démarqué par sa capacité à corriger le tir rapidement. L’homme d’affaires n’est jamais très loin du politicien, et il ne laisse jamais traîner les choses. Sensible à la critique et soucieux de l’image de son gouvernement, il agit promptement avant que les problèmes ne prennent de l’ampleur. C’est la raison pour laquelle il a choisi, bien qu’il caracole dans les sondages d’opinion et que sa cote d’amour atteigne un paroxysme, de procéder à un remaniement ministériel dès maintenant. Cette redistribution des ministères est peu imposante en termes de sièges, mais demeure importante en ce qui a trait aux portefeuilles touchés et au choix des titulaires.

La semaine dernière, questionné sur les rumeurs de remaniement ministériel qui se répandaient sur la colline parlementaire, le premier ministre avait coupé court aux spéculations : « Il n’y a rien de prévu pour l’instant », affirmait-il solennellement. Mais comme la COVID-19 a durement frappé le Québec, que l’on redoute une deuxième vague et que le réseau de la santé devra être mieux préparé, le premier ministre a sans doute jugé que la fin juin constituait la meilleure fenêtre pour remanier son cabinet avant la traditionnelle et laborieuse étude des crédits budgétaires, qui aura lieu en août cet été, coronavirus oblige.

L’épicentre du rebrassage de cartes aura été le remplacement de la ministre de la Santé par l’homme fort du premier ministre, Christian Dubé. Propulsée à l’avant-scène avec la COVID-19, Danielle McCann aura livré une prestation des plus honorables en dépit du fossé qui se creusait entre le discours officiel et la réalité sur le terrain. Les deux dernières années auraient été « éprouvantes » sur le plan humain pour la députée de Sanguinet, chuchote-t-on en coulisses. Mais déjà, en février 2019, La Presse révélait que la ministre de la Santé était « sous observation » par le bureau du premier ministre. François Legault en arrive donc à la conclusion que Mme McCann n’avait pas l’étoffe nécessaire pour administrer le remède de cheval dont a besoin le ministère de la Santé en prévision de la prochaine vague. De toute évidence, le premier ministre n’était pas satisfait de la manière dont le ministère a géré la pandémie : le sous-ministre Yvan Gendron est remplacé par l’expérimentée Dominique Savoie.

Danielle McCann atterrit à l’Enseignement supérieur, une mission reléguée à l’arrière-plan par le ministre de l’Éducation qui avait priorisé le volet de l’éducation primaire et secondaire avec les maternelles 4 ans, la construction des nouvelles écoles et la création des centres de services scolaires. Elle vient délester Jean-François Roberge qui a vu s’effriter la confiance de plusieurs partenaires du réseau scolaire au cours des dernières semaines en raison de sa gestion de la pandémie.

Revenons à Christian Dubé, qui hérite du mastodonte grugeant la moitié du budget total de l’État. On le dit enthousiasmé par le défi et la marque de confiance. Ce sera la première fois, depuis François Legault en 2002, que le ministère de la Santé sera dirigé par un ministre qui n’émane pas du réseau de la santé. En le mutant à la Santé, le premier ministre règle un autre enjeu. Juste avant son départ du Conseil du trésor, le ministre Dubé s’était cassé les dents avec l’atterrissage du projet de loi 61, censé relancer l’économie par l’accélération des projets d’infrastructures. Les partis d’opposition et les groupes venus en commission parlementaire ont dénoncé à l’unisson la pièce législative qui allégerait les règles bureaucratiques et qui, selon eux, ouvrirait la porte à la collusion et à la corruption.

Dans ce contexte, qui de mieux que l’ancienne procureure en chef de la Commission Charbonneau pour lui succéder. Avocate de formation, Sonia Lebel n’a pas un profil économique, mais son arrivée permettra, du même coup, de faire taire les critiques qui se multipliaient sur la présence (ou l’absence) de femmes dans des ministères à vocation économique, au cœur de la relance. Au Conseil du trésor, elle jouera un rôle névralgique dans le contrôle des dépenses publiques dans un contexte où les revenus de l’État ont chuté. En pilotant les négociations avec les employés du secteur public, elle devient, plus que jamais, une femme de confiance de François Legault.

Un mot sur Simon Jolin-Barrette. À l’Immigration, le tout-puissant ministre avait notamment trébuché sur le fameux programme de l’expérience québécoise (PEQ). En lui confiant le prestigieux poste de ministre de la Justice qu’il a longtemps convoité, il ressort indemne de l’opération. En raison du droit de réserve associé à la fonction, il sera moins visible. Pour réparer les pots cassés à l’Immigration, on envoie Nadine Girault, une ministre discrète, efficace et issue des communautés culturelles.

Ce remaniement ministériel colmate des brèches de façon chirurgicale. N’empêche, des ministres qu’on considérait comme vulnérables et qui ont fait l’objet de critiques – notamment Nathalie Roy (Culture), Sylvie D’Amours (Affaires autochtones) et Marguerite Blais (Aînés) – conservent toutes leurs responsabilités.

Probablement pour apaiser les convoitises au sein de sa députation, François Legault n’accueille aucun nouvel élu au Conseil des ministres. Chose certaine, lorsqu’il choisira de le faire, il disposera de l’espace nécessaire pour y faire entrer du sang neuf, puisque certains ministres cumulent plusieurs responsabilités, dont Nadine Girault (Immigration et Relations internationales) et Sonia Lebel (Conseil du trésor et Relations canadiennes).

Bien qu’inattendu il y a quelques jours à peine, ce remaniement ministériel respecte la marque de commerce de ce gouvernement : à chaque problème, une solution.