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L'économie sera-t-elle au cœur des débats?

Les élections fédérales se jouent rarement sur un seul enjeu. Pourtant, tous les partis sont bien conscients que leurs promesses économiques devront être claires et engageantes. Les enjeux qui touchent le portefeuille des électeurs finissent toujours par dominer.

Quoi que montrent les indicateurs économiques, les Canadiens sont avant tout préoccupés par des questions très terre-à-terre : pourront-ils nourrir et vêtir leur famille? Pourront-ils payer les factures? Pourront-ils continuer (voire commencer) à épargner pour leur retraite? À ce titre, 32% des Canadiens affirment que le coût de la vie constitue leur principale préoccupation à l’aube de l’élection fédérale.

Ainsi, ils ne s'attendent pas seulement à ce que leurs politiciens les protègent quand l'économie tourne au ralenti, mais aussi à ce qu'ils les aident à améliorer leur sort financier. Le statu quo n’est pas une option, même pour un gouvernement présentant un solide bilan économique. C'est encore plus vrai en période d'instabilité économique.

La plupart des partis n’ont pas encore dévoilé leur plateforme électorale. Toutefois, en se basant sur les actions et les positions du passé, deux visions opposées se dessinent :

  • la continuation d’une doctrine largement « keynésienne », selon laquelle le gouvernement joue un rôle clé pour stimuler la croissance (ce qui a été, de manière générale, la pierre angulaire des politiques libérales du premier ministre Justin Trudeau); et
  • le retour vers une économie davantage de libre marché (le fondement de l’ADN politique d’Andrew Scheer).

En quoi est-ce important? Ces positions contrastées mettent en lumière des visions divergentes quant au rôle du gouvernement dans la vie des Canadiens. Et elles constitueront le « système nerveux » des politiques économiques du parti qui prendra le pouvoir.

Bien qu’il faudra continuer de surveiller les données économiques à mesure que l’on s’approchera de l’élection, c’est l’opinion des électeurs par rapport à l’économie qui révélera la véritable tendance. À ce stade-ci de la période préélectorale, elle se résume essentiellement à ces deux courants : rouge et bleu.

Ce sera un point de débat crucial jusqu’à l’élection, dans lequel le NPD, le Bloc québécois et le Parti vert tenteront de se frayer une place.

Pour les libéraux, les principaux défis seront les suivants :

  • Les données de l’emploi : le taux de chômage est à son niveau le plus faible depuis 40 ans (5,4%), et le pays a enregistré le taux de croissance le plus élevé parmi tous les pays du G7 au cours des quatre dernières années. Toutefois, il sera difficile pour les libéraux d’en revendiquer le « crédit » politique. Les électeurs exigeront plutôt une réponse à cette question toute simple : et maintenant?
  • Les résultats des promesses passées : les libéraux avaient promis de créer des déficits pour investir dans des projets d’infrastructure, qui tardent toutefois à se matérialiser. Les libéraux choisiront-ils de se tourner vers des promesses économiques plus nichées, voire populistes? Chercheront-ils à élargir leur Des baisses d'impôts ciblées seront-elles au programme pour rejoindre les gens en dehors de l'électorat cible que représente la classe moyenne? Les électeurs accepteront peut-être de demeurer dans le rouge, pour autant qu’ils aient la preuve que « l’investissement » améliore réellement leur qualité de vie.
  • Le commerce international et les « accrocs » sur la scène économique mondiale : de manière générale, les marchés mondiaux ont repris de la vigueur en 2019 après une année faible en 2018. Et les libéraux ont négocié avec succès deux accords de libre-échange (l’AECG et l’ACEUM). Mais cela importera-t-il vraiment au moment d’aller aux urnes? De plus, le gouvernement doit composer avec des tensions entre le Canada et la Chine, qui ont affecté les industries canadiennes du canola et du porc. Les répercussions économiques et politiques de cette crise pourraient représenter un obstacle en octobre.

Pour Andrew Scheer et le Parti conservateur, qui cherchent à reprendre le pouvoir après leur défaite de 2015, la clé sera de positionner leur vision comme une solution de rechange au plan des libéraux. On peut s’attendre à une série de promesses populaires, et à une campagne centrée sur les secteurs qui les distinguent des libéraux, incluant :

  • L’industrie pétrolière et gazière : l’industrie du pétrole, essentielle à la croissance économique du Canada, trône au sommet de la liste de priorités des conservateurs. En éliminant des obstacles comme les processus de consultation avec les parties prenantes et les évaluations environnementales, et en donnant davantage de marge de manœuvre au gouvernement fédéral en cas d’obstruction des provinces, les conservateurs espèrent raviver un secteur des ressources naturelles en difficulté.
  • Le commerce interprovincial : les conservateurs ont également manifesté leur souhait d’éliminer tous les obstacles au commerce interprovincial, ce qui ouvrirait la voie à un accord de libre-échange complet à l’intérieur de la Confédération.
  • Les baisses d’impôts : Scheer a présenté son opposition à la taxe sur le carbone et aux normes sur les combustibles propres des libéraux comme des exemples de mesures qu’il réviserait en tant que premier ministre afin de remettre de l’argent dans les poches des contribuables. Reste à voir comment (et jusqu’à quel point) il sera prêt à réduire les taxes pour attirer des votes.

Les questions économiques sont peu susceptibles de générer autant de passion – ou de virulence – que d’autres enjeux. L’élection 2019 ne sera pas une « élection du libre-échange » comme l'a été celle de 1988. Mais l’économie sera tout de même un facteur décisif. Les partis sont bien conscients que rejoindre les Canadiens en passant par leur portefeuille fait partie des incontournables de leur stratégie électorale.