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Le pouvoir ralentit, les partis accélèrent, l’influence se déplace : bilan de fin de session et amorce du prochain chapitre politique à Québec

Le pouvoir ralentit, les partis accélèrent, l’influence se déplace : bilan de fin de session et amorce du prochain chapitre politique à Québec

La session parlementaire qui s’achève à Québec aura été courte. Très courte. Mais aussi, bien remplie.

En cinq semaines à peine, le gouvernement Fréchette a tenté de relancer la machine, de rappeler des projets de loi laissés en plan, d’en faire cheminer de nouveaux et de donner une nouvelle impulsion à une Coalition avenir Québec qui en est maintenant à sa huitième année au pouvoir.

L’exercice avait des allures de mission impossible : gouverner, légiférer, incarner le changement et préparer une campagne électorale, le tout dans un calendrier comprimé à l’extrême. Force est d’admettre que les efforts déployés par la formation de Christine Fréchette ont été payants. À 21 % des intentions de vote, la CAQ n’est pas sortie du bois. Mais elle est revenue dans la course. Encore troisième derrière le PQ et le PLQ, elle souffle désormais dans le cou des libéraux. L’« effet Fréchette » ne se dessine plus : il se confirme. Reste à déterminer si cet élan est le fruit de l'attrait de la nouveauté ou le signe d'un réalignement plus durable qui saura traverser l'épreuve du temps et de la campagne.

Cette fin de session laisse donc une double impression. Celle d’un sprint législatif bien réel. Mais aussi celle d’un manque de temps pour tout accomplir.

Car si le gouvernement peut aujourd’hui plaider qu’il a manqué de temps, il devra aussi assumer que ce temps a été réduit par ses propres choix politiques. Le départ de François Legault, la course à la chefferie, la transition à la tête du gouvernement et la prorogation auront privé l’Assemblée nationale de précieuses semaines de travaux parlementaires. Des semaines qui auraient pu servir à faire avancer des projets de loi importants.

La CAQ pourra sans doute répondre qu’elle n’a pas manqué d’intention ou d’ambition. Elle dira qu’elle a manqué de temps. Il lui restera à convaincre les électeurs de lui en accorder davantage en lui confiant un autre mandat.

Un nouveau départ pour un gouvernement qui porte son bilan

Christine Fréchette avait une tâche aussi simple à formuler que difficile à exécuter : incarner le changement à la tête d’un gouvernement usé par deux mandats.

Nouveau ton, nouvelles priorités, nouveau conseil des ministres, nouvelle séquence parlementaire. Christine Fréchette a voulu démontrer que les choses bougent à Québec. Des dossiers qui s’enlisaient, de la modernisation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont aux discussions avec Ottawa, ont soudainement trouvé une voie de passage. Mais le changement de rythme a aussi soulevé certaines tensions, notamment lorsque le ministre des Finances a rappelé à l’ordre sa nouvelle patronne, jugée trop dépensière à ses yeux.

Après huit ans au pouvoir, le changement ne se décrète pas. Mais Christine Fréchette commence déjà à convaincre une partie des électeurs qu’elle peut l’incarner. Les derniers sondages lui reconnaissent d’ailleurs ce qui ne s’achète pas en politique : la confiance.

Embouteillage au feuilleton

Sur le plan législatif, la session se termine comme elle s’est déroulée : entre ambition et congestion. Le gouvernement a voulu multiplier les initiatives, presser le pas et faire atterrir plusieurs engagements avant la pause électorale. Résultat : un véritable embouteillage parlementaire.

Quelques pièces législatives franchiront tout de même la ligne d’arrivée : allègement du fardeau réglementaire et administratif, interdiction des boissons énergisantes aux moins de 16 ans, loi Gabie-Renaud pour prévenir la violence conjugale. Mais une dizaine d’autres mourront au feuilleton. Le projet de loi sur l’accélération des autorisations pour les projets prioritaires et d’envergure nationale, tout comme celui sur la constitution québécoise, resteront sur la table.

L’administration ralentit, la politique accélère

Dans les prochaines semaines, l’administration gouvernementale ralentira naturellement. Non pas parce que l’État s’arrête, mais parce que le pouvoir politique entre dans une autre phase. L’administration demeure toutefois au travail. Il faut donc aussi continuer de nourrir l’appareil public, qui continuera d’analyser, de prioriser et de préparer les options qui pourraient être soumises au prochain gouvernement.

Un autre jalon viendra bientôt confirmer ce changement de rythme et voici sa date de tombée : 17 juillet. À compter de cette date, les annonces ayant un impact budgétaire ne seront plus autorisées. Une directive à cet effet a été transmise aux ministres, aux ministères et aux organismes gouvernementaux. La raison est technique, mais politiquement importante : avant une élection générale, le ministre des Finances doit publier un rapport préélectoral sur l’état des finances publiques. Ce rapport doit ensuite être analysé par la Vérificatrice générale, qui se prononce sur la plausibilité des prévisions et des hypothèses présentées. Pour effectuer cet exercice, il faut tracer une ligne dans le sable.

Les ministres seront encore responsables de leurs portefeuilles. Ils devront gérer leurs dossiers, répondre aux enjeux controversés et s’assurer que l’appareil demeure fonctionnel. Mais ils auront aussi les yeux tournés vers la campagne.

C’est une nuance importante pour les organisations qui suivent Québec de près. L’appareil public ne sera pas le meilleur endroit pour faire naître de nouveaux engagements dans les prochaines semaines. Le centre de gravité se déplace. Il quitte graduellement les ministères pour rejoindre les autobus de campagne, les équipes politiques, les comités d’élaboration des plateformes électorales où se dessinent déjà les promesses, les messages et les batailles de la prochaine élection.

Autrement dit, les fenêtres d’influence ne se ferment pas. Elles changent d’adresse.

Un chef libéral à installer

Le Parti libéral du Québec a lui aussi amorcé un nouveau chapitre avec l’arrivée de Charles Milliard.

Sa présence dans l’espace public aura été brève, mais révélatrice. Son premier fait d’armes aura été de refermer rapidement la parenthèse Pablo Rodriguez. Ce n’est pas rien. Maintenant, Charles Milliard demeure encore largement à définir auprès du grand public, et les derniers coups de sonde rappellent que la confiance demeure le talon d’Achille libéral. Son absence de l’Assemblée nationale limite aussi sa capacité à se mesurer directement à la première ministre et aux autres chefs parlementaires. C’est le paradoxe libéral du moment : le parti a maintenant un chef, mais pas encore une pleine présence politique.

Charles Milliard devra donc profiter des prochains mois pour faire ce que l’Assemblée ne lui permet pas encore tout à fait de faire : se présenter aux Québécois, donner de la cohérence à son offre politique, recruter des candidats solides et démontrer que le PLQ peut redevenir plus qu’un parti en reconstruction. La tâche est déjà colossale. Elle l’est d’autant plus que le parti semble déjà en perte de vitesse et qu’il demeure sous le regard de l’UPAC et du DGEQ, dont les enquêtes continuent de projeter une ombre sur les efforts de relance libérale.

Son avantage, pour l’instant, est mince, mais réel : l’espace pour surprendre existe. Encore faut-il l’occuper. Cela passera aussi par des positions plus nettes sur quelques enjeux clés, entre ce qui est porteur dans l’opinion publique et ce qui demeure critique pour la base militante libérale. Un jeu d’équilibriste, mais surtout un passage obligé pour un chef, nouveau venu en politique, qui ne pourra pas mener campagne en donnant l’impression de chercher encore ses réponses.

Le Parti québécois, la position difficile du meneur

Pour le Parti québécois, la question de l’urne est déjà largement connue. Paul St-Pierre Plamondon ne cherche pas tant à faire découvrir son projet qu’à convaincre les Québécois qu’ils peuvent lui confier le pouvoir, tout en maintenant sa promesse de tenir un référendum sur la souveraineté. C’est là que se trouve son principal défi : assumer clairement l’ADN péquiste, sans laisser la campagne se réduire à une question que la population ne semble pas pressée de rouvrir.

Le PQ aborde donc la prochaine séquence avec l’avantage, mais aussi le poids, d’une formation placée en tête. C’est rarement une posture confortable. Partir favori, c’est devenir la cible. C’est devoir faire mentir l’adage du « trop haut, trop tôt ». C’est être évalué moins comme un troisième groupe d’opposition que comme un gouvernement en attente. Et c’est devoir rassurer sans s’édulcorer, élargir sa base électorale sans dénaturer son projet, et surtout éviter de rater le départ d’une campagne qui pourrait confirmer ou fragiliser son avance.

Les autres variables de la campagne

Québec solidaire part d’un autre endroit. Pour Ruba Ghazal, l’enjeu sera de faire entendre sa différence dans une campagne qui risque d’être dominée par une lutte à trois entre le PQ, la CAQ et le PLQ. Elle devra élargir la portée du message solidaire, sans donner l’impression de s’éloigner de ses marqueurs militants, et le faire sans deux des figures les plus connues du mouvement, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois.

Le Parti conservateur du Québec, lui, pourrait jouer un rôle bien différent. Moins central dans la bataille pour former le prochain gouvernement, il pourrait cependant peser lourd dans certaines circonscriptions clés. Dans une course serrée, une poignée de votes conservateurs peut suffire à diviser l’électorat de droite, compliquer la remontée caquiste ou faire basculer des luttes locales. Le PCQ n’aura pas nécessairement besoin de gagner beaucoup de sièges pour influencer le résultat. Il lui suffira parfois de gagner les bons. Dans une course serrée, quelques circonscriptions peuvent faire toute la différence entre un gouvernement majoritaire et un gouvernement condamné à négocier.

Quand les sièges se libèrent…

À l’autre bout du cycle politique, plusieurs élus ont annoncé qu’ils ne seraient pas sur les rangs lors de la prochaine élection générale. Certains quittent leurs fonctions après de longues années de service. D’autres tournent la page avant que les électeurs ne le fassent pour eux.

Ces départs parlent. D’autant plus qu’ils viennent presque tous des rangs caquistes. Au moins une trentaine. Ils racontent l’usure du pouvoir. Ils illustrent la fin d’un cycle politique, celui de François Legault. Ils révèlent aussi sans doute l’exigence croissante du métier politique. Ils ouvrent surtout de l’espace pour une nouvelle génération de candidats.

La campagne avant la campagne

D’un côté, la fin d’une législature marquée par un changement de premier ministre, une recomposition des oppositions, une activité législative concentrée et une série de départs qui annoncent un renouvellement important de la députation.

De l’autre, le début d’une séquence électorale où chaque annonce, chaque déplacement et chaque candidature sera interprété à travers une seule question : qui réussira à convaincre les Québécois qu’il ou elle incarne le prochain chapitre ?

La campagne n’est pas encore officiellement lancée. Mais les hostilités, elles, le sont déjà.

La politique quitte l’enceinte parlementaire. Elle retourne là où elle est souvent la plus directe, la plus concrète et la plus imprévisible : sur le terrain.

Le terrain sera occupé. Il faut l’occuper aussi.

Chez NATIONAL, nous garderons les yeux et les oreilles bien ouverts au cours des prochaines semaines. Nos équipes suivront de près l’évolution des stratégies, des plateformes, des candidatures et des rapports de force qui façonneront la prochaine élection générale au Québec.

La session parlementaire est peut-être terminée. Mais la politique, elle, ne prend jamais de vacances, surtout à quelques mois d’un scrutin.

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Rédigé par Alexandre Boucher | Marc-André Leclerc

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21 avril 2026