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Élection fédérale 2021 : analyse du dernier débat francophone

Débat électoral

Un débat est toujours un exercice périlleux pour un chef de parti. Les plus vieux se souviendront de John Turner, en 1988, qui avait été mis en boîte par Brian Mulroney sur une question de nominations partisanes, ou de Bernard Landry, en 2003, qui avait dû répondre à une question de Jean Charest sur une déclaration embarrassante de Jacques Parizeau concernant les résultats du référendum de 1995. De tels moments, qui allaient grandement influencer à l’époque le résultat de ces élections, n’ont pas eu lieu hier soir lors du débat organisé par la Commission des débats des chefs au magnifique Musée canadien de l’histoire de Gatineau. Moins d’une semaine après le « Face-à-Face » de TVA, messieurs Trudeau, O’Toole, Blanchet et Singh croisaient à nouveau le fer, avec en prime la leader du Parti vert, Annamie Paul.

Mené rondement par l’animateur Patrice Roy, et secondé adroitement par Noémi Mercier, le débat de mercredi soir ne passera malheureusement pas à l’histoire. Un plateau avec cinq chefs est-il un frein à un véritable débat? On doit s’interroger là-dessus. Il faut toutefois souligner la présence des quatre journalistes (Hélène Buzzetti, Paul Journet, Guillaume Bourgault-Côté et Marie Vastel) qui ont directement posé des questions pertinentes et sans détour aux cinq chefs, les forçant ainsi à se prononcer.

Justin Trudeau a bien répondu aux attaques de ses adversaires. Un premier ministre sortant doit nécessairement défendre son bilan tout offrant aux électeurs une vision claire de ce qu’il propose. Ce n’est pas évident, peu importe le chef de parti. Sa réaction forte sur la question de sa fierté d’être Québécois aura été son meilleur moment de la soirée.

Erin O’Toole a un plan. Tout le monde le sait maintenant. Il devra profiter des prochains jours pour mieux le vendre, particulièrement aux Québécois. Le débat d’hier soir n’a pas permis à M. O’Toole de se démarquer par rapport à ses adversaires. Il a paru plutôt effacé. Sa véritable chance de le faire viendra sûrement lors du débat en anglais.

Yves-François Blanchet aura toujours l’avantage de la langue lors d’un débat en français. Ce fut à nouveau le cas. Souvent attaqué sur plusieurs fronts, notamment sur sa performance comme ministre de l’Environnement du Québec, il a su, hier comme lors du débat de TVA, répondre efficacement à ses adversaires.

Jagmeet Singh a offert une performance semblable à celle de la semaine dernière. La présence de la cheffe du Parti vert sur le même plateau l’a toutefois forcé à insister sur les différences entre les deux partis qui courtisent souvent le même électorat, particulièrement chez les jeunes. M. Singh ne s’est pas imposé considérablement lors du débat, mais il a su éviter les erreurs.

Quant à la cheffe du Parti vert, Annamie Paul, elle avait une chance unique de marquer des points auprès d’un électorat qui la connait peu, ce qu’elle n’a pas été en mesure de faire. Certains remettront même en question la pertinence de sa présence au débat alors que les sondages lui donnent moins de 10 % des intentions de vote. Une chose est certaine, Mme Paul devra mieux se faire connaître au Québec si elle veut demeurer à la barre des verts après le 20 septembre.

Les meilleures lignes du débat

« Je suis fier Québécois. […] Vous n’avez pas l’unanimité sur le Québec. » (Justin Trudeau, piqué au vif par une déclaration de Yves-François Blanchet)

« Je fais confiance au gouvernement du Québec. » (Erin O’Toole sur la question de la juridiction du Québec en santé)

« La voiture du conte de fées va se transformer en citrouille bientôt. » (Yves-François Blanchet en critiquant les positions de ses adversaires en matière de lutte aux changements climatiques)

« Ça me rend triste de dire ça, mais on a le pire bilan du G7. » (Jagmeet Singh en réagissant négativement au plan des libéraux sur les changements climatiques)

« C’est le moment d’être ambitieux. » (Annamie Paul en clamant la différence de son parti)

Implications pour la suite de la campagne

Alors que la fin de la campagne s’annonce mouvementée et que les sondages nationaux prévoient une soirée électorale longue et imprévisible, les chefs ont désormais usé de toutes leurs tribunes francophones pour se démarquer. Si le débat du 8 septembre nous a de nouveau donné quelques perles qui s’ajouteront aux discours de campagne, nous saurons dès le début du week-end si les courbes de sondages, pour le moment parallèles, bougeront de manières significatives.

À 12 jours d’un scrutin qui déterminera le futur des différents chefs et de leurs partis, tous les yeux seront rivés vers les tableaux de chiffres qui donneront le tempo de l’ultime semaine. On se permet une analogie sportive : la grande finale débute!

Consultez notre section spéciale Élection fédérale 2021 pour retrouver les plus récentes perspectives de nos experts.