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Discours du Trône 2021 : un morceau de tarte aux pommes libérale

Le Premier ministre Justin Trudeau regarde la gouverneure générale Mary Simon avant le discours du Trône au Sénat à Ottawa.

Crédit photo : La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Crédit photo : La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Tout juste après une élection fédérale décevante – et inutile aux yeux de plusieurs – au cours de laquelle il a échoué dans sa tentative d'obtenir un gouvernement majoritaire, le premier ministre Justin Trudeau a finalement révélé les priorités fondamentales de son troisième mandat dans le cadre du discours du Trône, qui a été lu par la gouverneure générale Mary Simon le mardi 23 novembre. Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet a déclaré aujourd’hui que le document était l’équivalent politique d’une tarte aux pommes puisqu’il contient divers objectifs qui sont universellement approuvés par tous les Canadiens et qui ne risquent pas de déplaire.

Il s'agissait du troisième discours du Trône de M. Trudeau en autant d'années, et tout comme pour celui de septembre 2020, la pandémie de COVID-19 continue d'occuper une place importante. En effet, bien que la hausse de la vaccination au Canada ait été le sujet de l'année 2021, la façon dont notre pays surmontera la quatrième vague de la pandémie – et atténuera la cinquième vague à venir – est au cœur des préoccupations des libéraux.

On peut également affirmer que le discours du Trône d'aujourd'hui contient très peu de véritables nouveautés. Les principaux éléments concernant le changement climatique, la réconciliation, la santé et la relance économique liée à la COVID-19 sont des copies conformes de ce qui a été présenté lors de la récente campagne électorale et des mois qui ont précédé l'élection de septembre 2021.

Ce discours du Trône arrive notamment à un moment où la capacité d'intervention d'urgence du gouvernement est mise à l'épreuve à bien des égards. Entre les tempêtes dévastatrices en Colombie-Britannique, la crise de l'eau qui perdure à Iqaluit et la pandémie, le gouvernement en voit de toutes les couleurs en ce qui concerne la préparation et la réponse en situation de crise. La décision de Justin Trudeau de diviser le portefeuille de la Sécurité publique et de nommer Bill Blair au poste de ministre de la Protection civile plus tôt ce mois-ci, ainsi que l'accent mis sur les mesures d'intervention liées à la pandémie et aux situations d'urgence dans le discours du Trône, démontrent bien comment Justin Trudeau a intégré ses acquis réalisés lors de la pandémie dans sa vision de ce mandat.

Bien que les gouvernements profitent parfois des discours du Trône pour faire bouger les choses ou se redéfinir, le ton de ce discours montre que le gouvernement libéral ne compte pas prendre ce risque. Après tout, on dit que la constance est la clé du succès. Le discours se concentre sur les mêmes thèmes qui caractérisaient la plateforme du Parti libéral lors des élections et réitère de nombreuses promesses. Avec ce discours, et après une longue pause, le gouvernement libéral a indiqué qu'il est prêt à se remettre au travail pour résoudre certains problèmes complexes et permanents.

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Comme prévu, la fin de la lutte contre la COVID-19 a été présentée comme la première priorité du gouvernement. Et le meilleur moyen d'atteindre cet objectif est la vaccination, notamment pour les enfants âgés de 5 à 11 ans.

L'abordabilité – un thème que les libéraux n'ont pas vraiment réussi à s'approprier lors de la dernière élection – sera une priorité de cette nouvelle administration, notamment par le biais de mesures d'accès à la propriété et de bonification de l'offre de logements comme l'incitation à l'achat d'une première propriété, un nouveau programme de location avec option d'achat et des incitations permettant aux municipalités de construire plus et plus vite.

La lutte aux changements climatiques reste une préoccupation majeure. Quelques jours à peine suivant un séjour plutôt productif à la COP 26 et après avoir constaté de visu l'impact des inondations dévastatrices en Colombie-Britannique, le gouvernement de Justin Trudeau semble prêt à accélérer ses efforts pour lutter contre les changements climatiques. Il s'engage à plafonner et à réduire les émissions des secteurs pétrolier et gazier, à investir dans les transports en commun, à rendre obligatoire la vente de véhicules sans émissions et à augmenter le prix à payer par les pollueurs. Il élaborera également un nouveau plan, la stratégie nationale d'adaptation, qui aidera à prévenir et à se préparer aux principales menaces climatiques.

Enfin, le gouvernement libéral n'a pas dérogé à son engagement en matière de réconciliation. Les mots prononcés par Mary Simon – la première gouverneure générale d'origine autochtone – ont une signification plus profonde. Le défi qu'elle a lancé aux Canadiens pour qu'ils affrontent les maux et les erreurs du passé afin d'aller de l'avant était puissant. Après un été qui a mis en lumière d'horribles injustices, le gouvernement sait qu'il doit faire des changements significatifs. L'une des tâches clés sera l'élaboration d'un plan d'action pour la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones : jusqu'où le gouvernement de Justin Trudeau ira-t-il pour garantir que les droits complets (territoriaux, culturels, politiques, économiques et sociaux) des peuples autochtones soient enfin réalisés?

Ce qui manquait particulièrement à ce discours du Trône, c'est la façon dont le gouvernement entend s'attaquer au problème l'inflation. Tout au long de ce discours de 30 minutes, le mot « inflation » n'a été utilisé qu'une seule fois. Cependant, l'économie a été abordée à 12 reprises, y compris dans le titre du discours. L'abordabilité est un sujet qui préoccupe tous les Canadiens, d'autant plus que les problèmes de chaîne d'approvisionnement continuent de faire grimper les prix des biens et services que nous nous procurons au quotidien. Toutefois, les initiatives en matière de logement et les ententes sur les garderies sont-elles suffisantes pour régler ce problème? Probablement pas.

Plus encore, le premier ministre Trudeau s'apprête-t-il, une fois de plus, à se disputer avec les premiers ministres provinciaux au sujet des dépenses en matière de santé? Le statut du Transfert canadien en matière de santé (TCS) n'a pas été abordé directement – et clairement – dans le discours, à la consternation probable des provinces et des territoires qui n'ont cessé de faire part de leur souhait de voir Ottawa augmenter sa contribution de 22 à 35 % de la somme globale. Justin Trudeau continue de retarder cette inévitable conversation. Par conséquent, le Bloc québécois et le caucus québécois du Parti conservateur continueront de défendre cette question.

Les réactions des partis d’opposition

  • Les mesures promises par le gouvernement en matière de garderies et de logement, conçues pour aider à résoudre le problème lié à l’abordabilité, n’ont pas suffi aux yeux du Parti conservateur. La réaction immédiate du chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a été de dire que ce n’est tout simplement pas suffisant, car les gens sont encore « laissés pour compte ».
  • Ce sentiment a été partagé par le chef du NPD, Jagmeet Singh, qui a fait remarquer que, bien qu’il endosse de nombreuses promesses, le discours n’a pas réussi à offrir un soutien significatif aux Canadiens, en particulier en ce qui concerne les soins de santé, la lutte aux changements climatiques et le logement. Bien que le ton général du discours tentait de démontrer que le gouvernement cherche à adopter une approche plus audacieuse et plus collaborative, le NPD estime que son contenu indique le contraire. Malgré cela, il y a peu ou pas de raison de croire que le NPD votera contre le discours.
  • Finalement, le chef du Bloc québécois, Yves-Francois Blanchet, estime que même s’il n’y a aucune raison de voter pour ou contre le discours, il ne s’y opposera pas, affirmant « qu’on ne peut pas voter contre la tarte aux pommes. »

Les prochaines étapes

Le discours du Trône est une motion de confiance en soi. Le contenu du discours est déposé dans un document qui est ensuite débattu à la Chambre des communes. Si une majorité de députés votaient contre, cela mettrait immédiatement fin à la 44e législature et déclencherait une nouvelle élection fédérale. Toutefois, les Canadiens ne veulent pas retourner aux urnes. Il n’y a tout simplement pas de menace imminente qui pourrait faire tomber le gouvernement.

Il est pratiquement garanti que ce discours du Trône sera adopté et que le Parlement reprendra officiellement sa routine.

Le gouvernement libéral a maintenant une orientation bien définie qui va guider les conversations politiques tout au long de cette 44e législature. L’équipe de NATIONAL, composée d’experts chevronnés en relations gouvernementales, continuera d’analyser toutes les étapes clés de cette nouvelle législature.