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Débat des chefs 2022 : tous contre un

Débat des chefs 2022 : tous contre un

Hier soir avait lieu le Débat des chefs de Radio-Canada. Les cinq chefs de partis ont tenté de se démarquer et de faire valoir leurs idées pour l'avenir du Québec.

Nos experts décortiquent les interventions de chaque chef et présentent les points marquants.

Dominique Anglade, Parti libéral du Québec (PLQ)

François Crête, vice-président, Relations gouvernementales (FC) : Dominique Anglade avait promis de nous montrer la « vraie Dominique ». Elle a probablement réussi son pari. Ses interventions étaient axées sur son expérience personnelle (fille d’immigrants, problèmes de santé mentale de sa mère, élevée par deux professeurs) et ça lui a servi de la bonne manière. Studieuse, elle connaît bien ses dossiers sans toutefois tomber dans une guerre de chiffres. Elle peut poursuivre sa campagne en se disant qu’elle aura tout donné lors de ce second débat.

Sabrina Duguay, vice-présidente et leader, secteur Industrie de l'information et technologies (SD) : Ce fut le débat de l’authenticité pour Dominique Anglade. Confiante, souriante, posée, mais passionnée, elle s’est donné comme mission de connecter avec les Québécoises et les Québécois. En les regardant constamment dans les yeux, elle a rappelé régulièrement qu’elle comprenait la réalité de ses concitoyens et concitoyennes parce qu’elle était elle-même une mère, une fille d’enseignants et d’immigrants, une enfant qui a été confrontée très tôt aux réalités et aux défis que pose la santé mentale, sa maman en ayant souffert. Elle a réussi, avec efficacité, à imposer les thèmes qui sont prioritaires pour sa formation politique, dont la lutte aux changements climatiques et la pénurie de main-d’œuvre.

Stéphane Gasse, conseiller principal (SG) : Plus confiante que lors du Face-à-face, la « nouvelle » Dominique a connu un bien meilleur débat cette fois-ci...

Elle se positionne clairement sur les enjeux et place de manière habile les éléments de son programme, notamment en environnement et en économie.

Personne ne l’attaque de front. Est-ce un signe que son parti ne menace personne? Ses références personnelles, notamment lorsqu’elle parle de ses parents professeurs, lui confèrent beaucoup de sincérité. Elle est mieux préparée pour répondre aux questions sur la loi 96 que lors du Face-à-Face. Une performance qui lui donnera l’élan nécessaire pour rallier le fil d’arrivée.

Éric Duhaime, Parti conservateur du Québec (PCQ)

FC : Le Éric Duhaime polémiste qu’on entendait à la radio, et que ses partisans les plus féroces adorent, ne cadre peut-être pas dans ce genre de débat. Comme il doit démontrer que son parti n’est pas aussi radical que certains le pensent, il doit se modérer lui-même ce qui nuit à sa performance. Un peu plus effacé que lors du premier débat, il a toutefois réussi à faire passer certains messages qui ramènent son parti un peu plus vers le centre.

SD : Les attentes envers Éric Duhaime n’étaient pas très élevées. Malgré cela, il devait bien performer et éviter de se poser en caricature, afin de permettre aux électeurs de le voir sous un autre jour.

La formule du débat et sa tonalité, calme et pédagogique, ne l’ont pas aussi bien servi que les autres chefs. Il semblait parfois à l’étroit sur certains thèmes. Bien qu’il fût respectueux et posé dans ses propos, il cherchait régulièrement la confrontation directe alors que se déroulait davantage une conversation sur des contenus.

SG : Fort en thèmes, ferré et convaincu, Éric Duhaime a semblé plus nerveux que la semaine dernière. Sa prise de bec avec François Legault sur le troisième lien, un dossier-phare pour lui, lui a fait perdre les pédales.

Sa stratégie des fameuses études qu’on a payées et que le gouvernement cache n’a pas porté de fruits, même quand le chef caquiste a reconnu ne pas en connaître le coût.

Comme attendu, il se positionne comme le défenseur du contribuable à qui on ne peut demander plus.

Faux pas notoire : il renvoie au personnel infirmer en parlant de « ces filles-là »...

Une bonne ligne en réplique à Gabriel Nadeau-Dubois : « Si le socialisme en santé marchait, on le saurait ».

Sur les Maisons des aînés : « Des chambres à 1 million, on n’aura pas les moyens de payer ça à tout le monde ».

François Legault, Coalition Avenir Québec (CAQ)

FC : La pandémie nous a habitués à un François Legault rassurant et empathique qui occupait nos débuts d’après-midi pendant une bonne partie de 2020. Bien que le premier ministre sortant ait été plus combatif et plus à l’aise avec ses dossiers que lors du premier débat, les Québécois et Québécoises cherchent encore où est le François Legault qu’ils ont tellement apprécié depuis l’apparition de la COVID-19. Mais avait-il besoin d’une performance exceptionnelle alors que son parti continue de trôner au sommet des sondages? Peut-être pas finalement.

SD : La semaine dernière, M. Legault avait lui-même reconnu qu’il devait donner une meilleure performance que celle qu’il avait offerte lors du Face-à-Face de TVA. Bien qu’on doive reconnaître qu’il était plus détendu et souriant en début de débat, il est rapidement retombé en mode défensif. Impatient à plusieurs reprises, il s’est même fait sommer par ses adversaires masculins de laisser parler Mme Anglade. Il est normal et prévisible que le premier ministre en fonction soit le plus attaqué par ses adversaires, mais M. Legault aurait eu avantage à se remémorer qu’un débat électoral sert d’abord et avant tout à parler aux Québécoises et aux Québécois ; talent que tous lui ont pourtant reconnu pendant ces deux dernières années pandémiques.

GF : Plus d’attaques que la dernière fois. Son mot d’ouverture était bien senti : « Je suis un petit gars de Ste-Anne-de-Bellevue qui est devenu premier ministre. Tous les jeunes devraient avoir les outils pour aller au bout de leur potentiel ».

Il trébuche encore sur le troisième lien, une épine au pied dont il doit avoir hâte de se débarrasser.

M. Legault a enfin valorisé son équipe économique, la meilleure pour répondre à la lutte aux changements climatiques.

Sa flèche à Gabriel Nadeau-Dubois : « Vous vivez au pays des Merveilles » était bien placée. Gabriel Nadeau-Dubois est clairement sa cible favorite ce soir.

Il a retiré ses lunettes, mais arrive mal à éviter la moue qui a tant fait jaser la semaine dernière.

L’échange sur la pandémie avec Éric Duhaime était épique : « Combien d’aînés étiez-vous prêts à sacrifier? Deux fois plus? Trois fois plus? »

Gabriel Nadeau-Dubois, Québec solidaire (QS)

FC : La barre était haute pour Gabriel Nadeau-Dubois. Sa performance lors du Face-à-Face de TVA avait rallié plusieurs personnes à sa cause. Ce fut moins le cas dans ce débat. Cible favorite de François Legault, on sent une certaine exaspération chez Gabriel Nadeau-Dubois quand il doit justifier son programme, particulièrement quand il est question de la taxation. Mais il réussit à parler à sa clientèle et, un peu comme doit le faire Éric Duhaime, il recentre le programme de son parti, ce qui pourra lui servir le 3 octobre prochain.

SD : Tous saluent régulièrement le talent de Gabriel Nadeau-Dubois pour la communication, et ce, peu importe les allégeances politiques.

Si sa performance de la semaine dernière était digne de mention, force est de constater qu’il a été moins naturel cette fois-ci, tombant même plus régulièrement dans le piège de François Legault, soit celui de répondre trop souvent à des formules chocs...par des formules chocs.

Bien que cela puisse plaire à la base militante de Québec solidaire, M. Nadeau-Dubois doit se rappeler que pour attirer de nouveaux électeurs, il doit miser sur son authenticité et sa capacité à demeurer au-dessus de la mêlée partisane.

SG : Gabriel Nadeau-Dubois affiche toujours son calme olympien, mais frise l’âgisme en commentant la volonté du gouvernement de construire de nouveaux barrages hydroélectriques : « Une solution de 1994 ».

Sa réplique à François Legault « Rangez vos décorations d’Halloween et cessez de faire peur au monde » semblait scriptée : il l’a répétée à deux reprises.

Il valorise son équipe : « Nous avons trois personnes qui, demain matin, pourraient occuper le poste de ministre de la Santé ». Le PLQ, et le PCQ peuvent-ils en dire autant?

M. Nadeau-Dubois a encore bien fait, mais ne s’est pas démarqué autant que la semaine dernière.

Paul St-Pierre Plamondon, Parti Québécois (PQ)

FC : Paul St-Pierre Plamondon avait lui aussi fixé la barre très haute lors du premier débat. Il n’a pas déçu ses partisans encore une fois. Calme et très professoral, sans toutefois trop l’être, il poursuit avec brio son objectif de se faire connaître. En axant plusieurs de ses réponses sur la nécessité de la souveraineté du Québec, il cherche évidemment à ramener les « vieux péquistes » (et les nouveaux) au bercail. On verra s’il aura réussi son pari le 3 octobre prochain, mais ce ne sera pas faute de ne pas avoir essayé.

SD : Paul St-Pierre Plamondon aura réussi, pour une deuxième fois, à surprendre par sa performance. Clair, méthodique, calme et souriant, il a réussi à s’imposer au centre de l’échiquier politique sur plusieurs thèmes, ce qui lui a permis de mettre en lumière les distinctions qui existent entre le programme du Parti Québécois et celui de Québec solidaire. Si la crise pandémique n’a pas permis aux oppositions de se faire connaître comme elles l’auraient souhaité, il est certain que ces deux débats auront permis à M. Plamondon de se révéler aux citoyens et citoyennes du Québec.

SG : Paul St-Pierre Plamondon est modéré et se place au-dessus de la mêlée. « C’est tentant de se pointer du doigt », dit-il avant de présenter l’indépendance comme la clef de tous les maux.

Il est souvent d’accord avec QS. Un peu plus et on se mettra à parler d’alliance.

Il est clair et posé. Il parle lentement et sourit. Est-ce suffisant pour grappiller des votes, voire des sièges?

Il accuse M. Legault de vouloir éteindre le mouvement souverainiste et invite les indépendantistes qui ont voté stratégiquement pour la CAQ la dernière fois afin de sortir les libéraux, de voter selon leur conviction cette fois-ci. Habile.