Budget du Québec 2026-2027 : la fin d’un cycle
Comme la neige au printemps, le déficit fond substantiellement pour atteindre 8,6 G.
Quelques chiffes en rafale
- Malgré une période marquée par des tensions géopolitiques importantes, des politiques commerciales et tarifaires fluctuantes, et la hausse du coût de la vie, le budget mise sur une saine gestion des finances publiques et maintient le cap vers un retour à l’équilibre budgétaire.
- Croissance économique : la progression du PIB réel atteindra 1,1 % en 2026 et 1,4 % en 2027.
- Retour à l’équilibre budgétaire : le gouvernement maintient son objectif d’atteindre l’équilibre budgétaire au plus tard en 2029-2030.
- Le cadre financier prévoit une provision pour éventualités de 8,0 G$ sur cinq ans, laquelle pourrait être utilisée notamment pour couvrir les dépenses imprévues ou palier les effets d’une croissance économique plus modérée que prévu.
- La croissance des dépenses de portefeuille s’établira à 1,6 %, comparativement à 4,5 % en 2025-2026. Au chapitre des dépenses totales, y compris le service de la dette, elles s’élèveront à 170,8 G$ en 2026-2027, soit une croissance de 1,5 %.
- Déficit comptable avant versements des revenus consacrés au Fonds des générations : 6,3 G$ en 2026-2027, soit 0,9 % du PIB. Il s’agit d’une amélioration de 861 M$ par rapport à celui prévu dans le budget 2025-2026.
- Déficit selon la Loi sur l’équilibre budgétaire (après versements au Fonds des génération) : 8,6 G de dollars en 2026-2027.
- Dette : Au 31 mars 2026, le poids de la dette nette s’établira à 38,8 % du PIB. On prévoit une diminution graduelle de ce ratio et le maintien de la cible de réduction à 31,5 % du PIB d’ici 2037-2038.
Analyse
Le budget du ministre Eric Girard marque la fin d’un cycle. Un cycle budgétaire et un cycle politique. Les excès auxquels on nous avait habitués n’existent plus. Le gouvernement a tenu parole : il livre un budget « sobre et ciblé ». Certains parleront du budget d’un gouvernement « cassé ».
La croissance des dépenses atteint 1,5 % cette année, bien inférieure à celle de l’inflation et des coûts de système. Le secteur de la Santé obtient néanmoins une hausse de son budget de 4 %, l’Éducation de 2,2% et l’Enseignement supérieur de 5,4 %.
Dans une approche qui détonne par rapport aux précédents exercices, le gouvernement prend soin de venir en aide aux plus vulnérables : femmes victimes de violence, itinérance, banques alimentaires, conversion de places en garderie etc.
Pas de mesures flamboyantes dans ce budget. Le ministre estime que les campagnes électorales servent à prendre des engagements qui sont par la suite insérés dans les livres du gouvernement.
Le ministre mise sur la prudence car l’incertitude persiste, principalement causée par la révision de l’ACÉUM prévue en juillet. Gageons aussi qu’il ne veut pas indisposer les agences de notation, dont une avait abaissé l’an dernier la cote de crédit du Québec.
Questionné par l’auteur de ces lignes sur la mesure dont il était le plus fier dans son budget, Eric Girard a répondu « la cohérence avec une approche sobre, tout en s’attaquant aux bonnes urgences ». Sur une note plus personnelle, il était particulièrement heureux de la baisse du niveau de la dette de 2 %, mais « même si personne ne s’intéresse à ça », a-t-il reconnu dans un éclat de rire.
Le chemin pour atteindre l’équilibre mise sur :
- Résilience et l’évolution favorable de l’économie
- Recours à la provision pour éventualités
- Rétrécissement de l’écart entre le poids des revenus et des dépenses dans l’économie
- Poids de revenus passera de 25 % (2026-2027) à 24,7% (2030-2031)
- Poids des dépenses passera de 25,6 % (2026-2027 à 24,3% (2030-2031)
- Limitation de la croissance des dépenses fiscales
- Chantier gouvernemental de l’efficacité de l’État
- Réduction de la taille de l’état avec 5 000 effectifs à temps complet de moins
Sur le plan politique, la CAQ s’en tire plutôt bien avec ce budget :
- Il assume sa posture de sobriété au moment où les marges de manœuvre sont écoulées
- Il augmente le budget du PQI de 4 G$ en priorisant le maintien des actifs
- Après avoir atteint des sommes inégalées l’an dernier, le déficit se contracte et atteint 8,6 G$ en 2026-2027, soit 916 M$ de moins que prévu
- Maintenant, avec une croissance des dépenses famélique (à l’exception de la Santé et de l’Enseignement supérieur), plusieurs le taxeront d’administrer un régime d’austérité
Chose inusitée dans un budget : le prochain premier ministre ou la prochaine première ministre pourra prioriser certaines initiatives suivant son élection, par l’entremise d’un bulletin fiscal. Le ministre estime que « l’enveloppe Fréchette ou Drainville » pourrait atteindre 250 M$ cette année. Sinon, il y a toujours la provision pour éventualités, une enveloppe qui atteint deux milliards de dollars en 2026-2027. À quoi servira-t-elle ? Misons un 2 $ sur de nouvelles mesures pour s’attaquer au coût de la vie.
Alors qu’il circulait dans le huis clos, le ministre a lancé à la blague que c’était « la fin d’un gouvernement de comptables. Place à des économistes de droite! ».
Dans ce huitième budget (et dernier?), on nous a servi un budget Girard… à l’image d’Eric Girard.
Principales mesures
Mesures fiscales et budgétaires majeures
Le budget prévoit près de 9,6 G$ d’initiatives additionnelles d’ici cinq ans.
1,7 G$ pour accélérer la transformation économique du Québec :
- 410,1 M$ afin de favoriser la réalisation des projets d’investissement dans les secteurs d’avenir;
- 375 M$ pour appuyer les investissements à fort potentiel des entreprises;
- 35,1 M$ pour assurer un environnement d’affaires favorable à la réalisation de projets industriels.
- Fonds de 1 G$ additionnels pour faire du Québec un chef de file dans la production et la transformation des minéraux critiques et stratégiques;
- 1 G$ additionnels pour favoriser la propriété québécoise des entreprises stratégiques;
- 500 M$ pour encourager la participation financière des communautés autochtones aux projets économiques.
- 283 M$ afin d’améliorer la compétitivité économique du Québec par l’innovation.
- 187,7 M$ pour soutenir la chaîne de l’innovation;
- 73,3 M$ pour appuyer la croissance des industries innovantes et l’adoption de technologies de pointe;
- 22 M$ pour accroître l’innovation et la productivité dans le secteur de la construction.
- 581 M$ pour agir en faveur des PME de toutes les régions
- 216,2 M$ pour renforcer les principaux atouts de nos régions;
- 365,1 M$ pour appuyer les entreprises et les communautés forestières.
- 429 M$ pour appuyer l’essor de notre secteur culturel
- 280,4 M$ sur cinq ans pour répondre aux défis du secteur audiovisuel;
- 75,4 M$ sur cinq ans pour assurer la pérennité de l’écosystème médiatique québécois;
- 73,3 M$ sur trois ans pour promouvoir les contenus culturels québécois.
4,3 G$ pour prioriser les grandes missions de l’État :
- 2 168,5 M$ pour faciliter l’accès aux soins de santé et aux services sociaux;
- 2 032,5 M$ pour renforcer les soins de santé et les services sociaux;
- 136 M$ pour soutenir les personnes proches aidantes et les aînés en résidences privées pour aînés.
- 639 M$ pour soutenir la réussite éducative;
- 315 M$ pour favoriser la réussite éducative des élèves;
- 250 M$ pour combler les besoins urgents et temporaires d’espaces scolaires;
- 74 M$ pour renforcer l’attractivité de la main-d’oeuvre dans le réseau de l’éducation.
- 391,9 M$ pour soutenir la formation en enseignement supérieur, l’intégration au marché du travail et la recherche;
- 346,6 M$ afin de poursuivre l’intensification de la formation et de la qualification dans des domaines ciblés;
- 45,3 M$ afin d’appuyer la recherche universitaire.
- 1 076 M$ pour renforcer la sécurité des Québécois et l’accès aux services de justice.
- 750 M$ pour consolider les activités de prévention et d’intervention en matière de sécurité;
- 66 M$ pour poursuivre les efforts de lutte contre les violences armées;
- 43 M$ pour assurer les opérations en cybersécurité;
- 217 M$ pour renforcer l’accès aux services de justice.
Appuyer les Québécois et les communautés avec des gestes ciblés par des initiatives totalisant 3,6 G$ :
- Aider les familles face au coût de la vie :
- 5 000 places de garde non subventionnées converties en places subventionnées à compter de 2026-2027;
- Plafonnement de la taxe scolaire à 3% pour 2026.
- Agir face à l’itinérance et aux enjeux de santé mentale :
- 89,9 M$ pour aider les personnes en situation d’itinérance;
- 174,4 M$ pour mieux répondre aux enjeux de santé mentale.
- Lutter contre les violences conjugales et sexuelles (260 M$).
- Soutenir l’accès au logement :
- 209 M$ pour construire 1 000 logements abordables;
- 259,5 M$ pour sécuriser l’accès à un toit aux ménages les plus vulnérables;
- 272,4 M$ pour adapter et rénover le parc de logements.
- Renforcer les services aux personnes vulnérables :
- 157,6 M$ sur cinq ans pour appuyer les organismes communautaires;
- 61 M$ sur cinq ans pour assurer l’approvisionnement des banques alimentaires;
- 38,5 M$ sur deux ans pour poursuivre l’appui aux personnes vulnérables.
Le Plan québécois des infrastructures (PQI) 2026-2036 est porté à 167 G$, soit une augmentation de 5 G$ sur six ans, dont 71 % des sommes consacrées au maintien des infrastructures. Les secteurs de la Santé et Services sociaux, de l’Éducation et Enseignement supérieur, du Transport collectif et Réseau routier et de la Transformation numérique des organismes publics sont ciblés comme prioritaires.
Prochaines étapes :
- Débat sur le budget (25 heures)
- Élection du nouveau chef de la CAQ : 12 avril 2026
- Possibilité de suspension des travaux parlementaires
- Assermentation de la nouvelle première ministre ou du nouveau premier ministre et présentation d’un nouveau conseil des ministres
- Étude des crédits budgétaires en commissions parlementaires (100 heures)
- Adoption du budget
- Fin de la session parlementaire : 12 juin 2026