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Budget 2021 : à mi-chemin entre la relance économique et le plan électoral

Chrystia Freeland

Le gouvernement fédéral a présenté cet après-midi à Ottawa son premier budget en plus de deux ans. Avec la troisième vague de la pandémie de COVID-19 qui déferle sur la majeure partie du pays, les enjeux concernant la reprise économique au Canada ne pourraient être plus grands.

La mise à jour économique du gouvernement fédéral déposée le 30 novembre dernier et les lettres de mandat rendues publiques par le premier ministre en janvier 2021 ont mis la table aux décisions annoncées dans le cadre du budget 2021.

Ces deux récents événements ont aussi reflété l’ADN politique du parti au pouvoir : une idéologie progressiste de centre gauche, sur laquelle il s'appuie sans complexe depuis son élection en 2015. De plus, depuis sa réélection en octobre 2019, l’équipe Trudeau a réitéré son engagement dans certains des secteurs clés ayant toujours été prioritaires pour son gouvernement, notamment : l'environnement, les affaires autochtones et la réconciliation, la diversité et l'inclusion, la coopération internationale et le fait d’aborder les enjeux dans une perspective féministe.

Le dévoilement aujourd'hui du budget 2021 s'inscrit dans cette tendance. Il s'agit avant tout d'un document politique conçu pour mettre en valeur des choix mûrement réfléchis sur la meilleure façon de sortir du marasme causé par la pandémie de COVID-19 qui pèse depuis longtemps sur le pays.

Les initiatives dévoilées aujourd'hui démontrent que le gouvernement Trudeau demeure à l'aise avec le déficit et qu'il compte tirer parti d'importantes dépenses publiques tout en mettant en place des programmes pancanadiens d’envergure comme le système national de garde d’enfants qui vient d’être annoncé (s’élevant à 30 G$ sur 5 ans).

Au plan politique, le budget 2021 a été pensé pour répondre à plusieurs besoins, notamment:

  • Contrer la COVID-19 et travailler de concert avec les provinces et les territoires pour combattre les plus récents assauts de la pandémie.
  • Rebâtir l'économie et soutenir directement les secteurs qui sont actuellement les plus mal-en-point, tout en aidant ceux qui ont maintenu le cap et qui pourraient agir comme fers de lance de la reprise économique.
  • Rassurer les Canadiens dont la santé mentale et le portefeuille ont été mis à rude épreuve comme jamais auparavant.
  • Dévoiler l'ébauche d'une éventuelle plateforme électorale du Parti libéral dans un contexte où un mandat majoritaire est potentiellement à portée de main, en trouvant des points communs avec le NPD et le Parti vert tout en proposant des politiques distinctes aux électeurs québécois.

Un aperçu du budget 2021

  • Le budget 2021 prévoit 101,4 G$ en nouvelles dépenses.
  • Le déficit budgétaire s'élèvera à 354,2 G$ en 2021-2022.
  • Le ratio dette-PIB du Canada atteindra 51,2 % en 2021-2022.
  • Le Canada s'est engagé à verser son plus important financement aux peuples autochtones.
  • 17 G$ contribueront à la « relance verte » du Canada.

Analyse et engagements clés

Les attentes à l'égard de la vice-première ministre et ministre des Finances Chrystia Freeland et du gouvernement étaient incroyablement élevées aujourd'hui, notamment en raison des nombreux publics auxquels ils devaient s'adresser et des attentes des parties prenantes.

Voici quelques-unes des décisions clés :

  • En plus du financement promis plus tôt ce mois-ci dans le cadre du projet de loi C-25 (des milliards de dollars acheminés par le biais du Transfert canadien en matière de santé), le gouvernement a promis un nouveau financement substantiel pour deux secteurs qui ont marqué la pandémie : les soins de longue durée (3 G$ sur cinq ans) et la santé mentale (100 M$ sur trois ans).
  • Les divers programmes d'aide qui ont tant contribué à maintenir les Canadiens dans une situation financière acceptable (la subvention salariale d'urgence du Canada et la subvention d'urgence du Canada pour le loyer) sont prolongés jusqu'à l'automne prochain.
  • Le gouvernement a également mis en place le tout nouveau Programme d’embauche pour la relance économique du Canada, afin d'aider les entreprises qui bénéficiaient de la subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) à embaucher de nouveaux employés ou à prolonger les heures de travail de ceux qui sont déjà à l'emploi.
  • Les secteurs qui souffrent grandement depuis plus d’un an maintenant reçoivent une aide plus que nécessaire : le transport aérien et le tourisme ont reçu une injection de fonds et, ce faisant, un premier signe tangible d'aide.

Plusieurs éléments centraux de l’idéologie des libéraux sont aussi présents dans le budget et ils s’inscrivent dans le cadre de la relance pandémique:

  • La vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, avait laissé entendre depuis des mois que le gouvernement chercherait à améliorer les systèmes de garde d'enfants dans tout le pays et à s’attaquer à l’impact disproportionné que subissent les femmes durant la pandémie. Avec un engagement de 2 G$, les libéraux envoient le message que le gouvernement fédéral jouera un rôle pour assurer un meilleur équilibre entre le travail et la vie personnelle pour tous, tout en aidant divers segments marginalisés de la population à intégrer ou réintégrer le marché du travail.
  • De plus, les 18 G$ sur 5 ans alloués aux peuples autochtones envoient un message clair : la réconciliation continuera de guider les démarches du gouvernement.
  • De nouveaux programmes de formation professionnelle, avec 470 M$ sur trois ans pour un nouveau service de formation.
  • Depuis des mois, des rumeurs circulent sur la manière dont le gouvernement va articuler sa vision d'une relance verte de notre économie. Avec un engagement de 17,6 G$ pour les investissements verts, le gouvernement introduira bientôt un cadre d'obligations vertes pour soutenir les initiatives de lutte contre les changements climatiques – un cadre qui servira de point d'ancrage à d'autres mesures, telles que le financement des rénovations domiciliaires et une réduction de 50 % de l'impôt sur le revenu des entreprises qui mettent en place des technologies à émissions nulles (2022), mais ces mesures ne seront pas mises en œuvre tout de suite : le gouvernement s’engage à les déployer quand le Canada pourra se permettre le luxe de mieux réfléchir à son avenir.

Le budget comporte aussi quelques surprises :

  • L'introduction d'un salaire minimum fédéral de 15$ de l'heure.
  • Un engagement à entamer des négociations avec les compagnies de cartes de crédit dans le but de réduire les frais d'utilisation que les commerçants doivent payer, une situation rendue encore plus nécessaire par l'un des effets les plus négligés de cette pandémie : la montée du commerce en ligne.
  • Des mesures visant le secteur immobilier canadien ; le budget 2021 contient des dispositions pour les acheteurs d'une première maison ainsi que des crédits d'impôt pour encourager les gens à rendre leur maison plus efficace sur le plan énergétique.

Les élections fédérales

Les spéculations concernant une éventuelle élection fédérale vont probablement reprendre au cours des prochains mois. Mais pour l'instant, le gouvernement Trudeau nous a rappelé son rôle primordial : assurer notre santé et notre sécurité collectives tout en protégeant le fondement même de notre économie.

Comme à l'habitude, le dépôt de ce budget constitue de facto une motion de confiance, une situation qui prend un tout autre sens dans un contexte de gouvernement minoritaire : si une majorité de députés votent contre, cela entraînera immédiatement la fin de la législature et déclenchera des élections. Tous les signes convergent vers le NPD, et le parti a indiqué qu'il voterait en faveur du plan proposé.

Alors que le déploiement des campagnes de vaccination est toujours en cours au Canada, les partis d'opposition auront le choix de mettre fin à une législature qui s'est avérée extrêmement volatile ou de mener une campagne électorale nationale pendant une pandémie. Bien que certaines provinces se soient rendues aux urnes pendant la COVID-19, les chances que le budget 2021 déclenche des élections fédérales à court terme semblent bien minces.

Réactions des partis d'opposition

  • « L'économie « réinventée » de Justin Trudeau constitue une approche paternaliste risquée qui fait désigne gagnants et des perdants en décidant quels emplois, quels secteurs et quelles régions de notre pays seront prospères. Cette approche économique non démontrée et inefficace menace la sécurité financière individuelle des Canadiens. » – Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada
  • « Justin Trudeau choisit de continuer à donner des avantages à ses amis les mieux nantis, il choisit de continuer à laisser tomber les jeunes qui font face à une dette écrasante, il choisit de continuer à protéger les profits des grandes compagnies pharmaceutiques et des fournisseurs de soins de longue durée à but lucratif, il choisit de continuer à dépenser des milliards pour un pipeline et à subventionner les combustibles fossiles, et il choisit de ne pas faire ce qui est nécessaire pour régler la crise du logement et les injustices historiques auxquelles font face les peuples autochtones. » –Jagmeet Singh, chef du Nouveau parti démocratique
  • « Il y a du bon dans ce budget, je ne peux pas dire qu'il n'y a que du mauvais (...) (mais), on ignore comment certains éléments s'articuleront exactement. » – Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois

NATIONAL : portée et expertise pancanadiennes en Affaires Publiques

Le budget 2021 aura des répercussions importantes sur de multiples secteurs. Et les répercussions des nouveaux investissements et des priorités en matière de planification ne deviendront claires qu'au cours des prochains jours. L'équipe pancanadienne d'affaires publiques et de relations gouvernementales de NATIONAL, qui compte des experts chevronnés dans tous ses bureaux, est là pour vous aider. Nous sommes impatients d'avoir de vos nouvelles.