Au-delà du remaniement ministériel en Ontario : les enjeux pour les entreprises

LA PRESSE CANADIENNE/Nick Iwanyshyn

Le remaniement ministériel en Ontario en dit moins sur une éventuelle nouvelle orientation économique que sur les défis concrets qui attendent maintenant le gouvernement : faire avancer les grands projets, soutenir l’investissement et renforcer la compétitivité de la province dans un contexte économique plus difficile.

Pour les entreprises, le remaniement ministériel est l’un des facteurs qui influenceront leur façon d’aborder Queen’s Park cet automne. Le véritable test demeure toutefois le même : les propositions les plus solides ne se contentent pas d’exposer ce dont une entreprise a besoin de la part du gouvernement. Elles démontrent de façon crédible ce que l’Ontario a à y gagner, qu’il s’agisse d’investissements, d’emplois, de capacités ou de productivité et précisent les mesures nécessaires pour concrétiser ces retombées.

Les dossiers à surveiller

Les principaux dossiers économiques de l’Ontario demeurent largement inchangés, notamment les finances, le développement économique, l'énergie et les Mmines, l’environnement, les affaires municipales et le logement ainsi que les transports.

Les changements les plus importants touchent des dossiers qui ont une incidence directe sur le financement, la réalisation et la dotation en personnel des projets. David Piccini passe à l’Infrastructure. Kinga Surma quitte l’Infrastructure pour devenir présidente du Conseil du Trésor. Trevor Jones prend les rênes du ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences.

Ces portefeuilles peuvent se résumer ainsi : projets, financement et main-d’œuvre. Ajoutons à cela un nouveau ministre associé de l’Adoption de l’intelligence artificielle au sein du ministère du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce, et une quatrième priorité se dessine : la productivité.

Ces nominations placent de nouveaux ministres aux commandes de plusieurs leviers qui comptent pour l’investissement des entreprises. Il reste à voir si ces changements de leadership permettront de réaliser des progrès quant aux obstacles auxquels les entreprises sont confrontées.

Pour une entreprise qui cherche à faire avancer un projet d’envergure, cela signifie qu’elle doit mobiliser rapidement plus d’un ministère plutôt que de considérer les relations gouvernementales comme une conversation avec un seul ministère. Une proposition qui dépend d’infrastructures, de financement ou de main-d’œuvre qualifiée devrait cibler les décideurs concernés, présenter un argumentaire cohérent auprès de ces différents portefeuilles et prévoir les aspects qui nécessiteront une coordination.

L’incertitude commerciale accentue l’enjeu de la compétitivité

La réponse de l’Ontario à l’incertitude commerciale avec les États-Unis s’est, à juste titre, concentrée sur la protection des travailleurs, des entreprises et des investissements. Mais plus cette incertitude perdure, plus la pression s’accentue pour améliorer les conditions qui détermineront si les entreprises choisiront d’investir et de croître ici à long terme.

Protéger les entreprises contre les pressions commerciales immédiates et renforcer la compétitivité à long terme de l’Ontario doivent aller de pair. Un fabricant peut-il obtenir suffisamment d’électricité pour prendre de l’expansion? Un projet d’envergure peut-il franchir le processus d’approbation assez rapidement pour attirer des investissements? Les employeurs peuvent-ils trouver la main-d’œuvre dont ils ont besoin? Le logement et les infrastructures peuvent-ils suivre le rythme de la croissance? Les entreprises ontariennes peuvent-elles adopter l’IA et d’autres technologies assez rapidement pour améliorer leur productivité?

Ces questions sont interreliées. Ensemble, elles déterminent si les capitaux seront investis en Ontario ou ailleurs.

Les perspectives économiques et revue financière de l’Ontario révéleront les choix de la province

Les prochaines Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario constitueront un test important de la façon dont ces pressions se traduiront en politiques publiques. Le gouvernement doit trouver un équilibre difficile. L’incertitude commerciale pourrait nécessiter le maintien du soutien aux secteurs touchés, tandis que le ralentissement de la croissance exerce une pression supplémentaire sur les finances provinciales. Parallèlement, l’Ontario ne peut se permettre de reporter les investissements nécessaires pour demeurer concurrentiel.

Une nouvelle dynamique dans le calendrier fédéral-provincial sera également à surveiller. Le passage d’Ottawa à un cycle budgétaire automnal vise à donner plus tôt aux provinces, aux municipalités et aux entreprises une meilleure visibilité sur les priorités fédérales et les hypothèses budgétaires avant leur propre planification budgétaire du printemps. Si le budget fédéral précède les Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario, la province pourrait avoir une idée plus claire des domaines où le financement fédéral, la conception des programmes et les priorités d’investissement créeront des occasions, des contraintes ou des pressions en faveur d’une harmonisation.

Pour les entreprises, cela signifie qu’elles doivent évaluer leurs propositions à la lumière des priorités des deux ordres de gouvernement et déterminer où les progrès dépendent de décisions coordonnées, de financement partagé ou de programmes complémentaires.

La question n’est pas simplement de savoir combien le gouvernement de l’Ontario dépensera, mais plutôt où il choisira d’investir et comment ces choix s’arrimeront aux nouvelles priorités fédérales.

Ce que Queen’s Park doit entendre des entreprises

Le message pour les entreprises qui souhaitent mobiliser le gouvernement cet automne est tout aussi clair. Une demande formulée simplement comme « voici notre problème » ne suffira pas. Un argumentaire plus solide commence par ce que l’entreprise est prête à apporter, ce que l’Ontario a à y gagner et la mesure précise que le gouvernement doit prendre pour rendre le tout possible.

Il faut donc répondre à cinq questions :

  1. Combien l’entreprise est-elle prête à investir?
  2. Quels emplois créera-t-elle ou protégera-t-elle?
  3. Quelles nouvelles capacités, infrastructures ou compétences développera-t-elle en Ontario?
  4. Quelles seront les retombées économiques plus larges?
  5. Quelle décision ou mesure précise du gouvernement est nécessaire pour concrétiser les retombées proposées?

Qu’il s’agisse d’une expansion, d’un projet d’envergure ou d’un changement réglementaire, l’argumentaire doit établir un lien entre une décision précise du gouvernement et des retombées économiques crédibles.

L’arrivée de nouveaux ministres crée une occasion d’amorcer ou de renouveler le dialogue, mais obtenir une rencontre ne signifie pas pour autant faire avancer un objectif. Ces échanges seront plus productifs si l’entreprise se présente avec une proposition économique claire, plutôt qu’avec une simple liste de demandes adressées au gouvernement.

C’est maintenant qu’il faut faire entendre sa voix

Le remaniement ministériel donne des indices sur les priorités vers lesquelles l’attention du gouvernement pourrait se tourner. Les Perspectives économiques et revue financière de l’Ontario montreront comment ces priorités se traduiront en politiques publiques. La période entre les deux représente une occasion précieuse pour les entreprises de s’assurer que le gouvernement comprend non seulement ce dont elles ont besoin, mais aussi ce que l’Ontario a à y gagner.

Si votre organisation se prépare à présenter à Queen’s Park un investissement, un projet ou une priorité en matière de politiques publiques, l’équipe des Affaires publiques de NATIONAL peut vous aider à préciser votre demande, à renforcer votre argumentaire et à planifier les démarches nécessaires pour la faire avancer.

Rédigé parKarine CousineauVice-présidente principale et chef de pratique, Affaires publiques et relations gouvernementales
Rédigé parStephen AdlerDirecteur principal, Affaires publiques

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