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La campagne fédérale vue du Québec : le Bloc Legault

Jusqu’à maintenant, les Québécois observent la campagne électorale fédérale avec une relative indifférence. Trois raisons peuvent expliquer ce désintéressement : peu de grands enjeux polarisants, pas d’engouement pour l’un ou l’autre des chefs et un scrutin encore bien loin. Mais comptez sur les Québécois pour s’intéresser à cette campagne le moment venu. Ils ont compris depuis longtemps qu’ils sont au cœur des mouvements et des humeurs de l’électorat et qu’ils détiennent un pouvoir considérable dans la composition de la Chambre des communes.

Il y a quelques semaines, le premier ministre du Québec François Legault avait pris soin d’ordonner à ses ministres, députés et employés politiques de se draper d’une neutralité absolue afin d’éviter toute interférence dans cette élection. De toute évidence, cette mise en garde l’excluait. Dans les heures suivant le déclenchement des élections, la liste d’épicerie nationaliste de François Legault avait volé la vedette du début de ce marathon électoral, et forcé les chefs à se commettre publiquement. Une liste de priorités qui a aussi illustré la nature des différends qui opposent Québec et Ottawa.

Chose certaine, ce fut providentiel pour le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet, une occasion pour lui de consolider sa stratégie consistant à se coller sur la popularité du gouvernement Legault et à devenir son porte-voix sur la scène fédérale. Le chef bloquiste a longtemps compris que la résurrection de son parti passait par une promiscuité plus grande avec la Coalition avenir Québec, sachant que son grand frère provincial, le Parti québécois, vivote.

Justin Trudeau demeure en tête des intentions de vote au Québec, et son succès électoral reposera sur sa capacité à faire des gains au Québec pour compenser des revers ailleurs au pays. Et malgré un début de campagne électorale pour le moins difficile, ses appuis au Québec demeurent solides. Les derniers coups de sonde montrent que le PLC perd des plumes au pays, mais pas au Québec, et ce, en dépit de son positionnement flou entourant la contestation judiciaire de la loi québécoise sur la laïcité et de la controverse entourant le blackface.

En communication, on remarque que lorsqu’on attaque quelqu’un de manière acharnée, voire exagérée, le public finit par développer de l’empathie et de la compassion pour la « victime ». C’est peut-être ce qui explique pourquoi les dommages de cette affaire ont été limités au Québec. Pour bon nombre de Québécois, la cause est entendue : Justin Trudeau, l’apôtre du multiculturalisme, ne peut être considéré comme raciste. Mais il n’en demeure pas moins que la marque libérale a été atteinte. Heureusement pour lui, l’épisode s’est essoufflé et les derniers jours semblent démontrer qu’il a réussi à relancer sa campagne.

À l’issue du premier tiers de cette campagne électorale, les aiguilles de l’électorat commencent à bouger légèrement au Québec :

  • L’avance du PLC diminue;
  • Le PCC fait du surplace;
  • Maxime Bernier aura fort à faire pour conserver son fief de Beauce. Sa présence inespérée au débat des chefs est l’occasion de marquer des points, lui qui n’a pas la langue dans sa poche;
  • La bonne campagne que mène Jagmeet Singh ne lui permet pas de freiner sa chute;
  • Et sournoisement, le Bloc grimpe au deuxième rang.

Conséquence : le parti souverainiste pourrait priver les conservateurs de gains dont ils avaient besoin. Le Bloc pourrait aussi ravir aux libéraux des sièges dans le convoité champ de bataille du 450. À condition, évidemment, qu’il poursuive sa montée et qu’il atteigne le cap des 25% à partir duquel son vote deviendra « efficace » et se traduira en circonscriptions.

Autrement dit, la débandade annoncée du NPD au Québec – la clef de voûte de cette élection dans la province – pourrait potentiellement profiter au Bloc québécois. En fait, Yves-François Blanchet se trouve exactement dans la même posture que Justin Trudeau en 2015 : celle du négligé.

On entend déjà les bloquistes s’arroger la balance du pouvoir advenant un gouvernement minoritaire. Dans les faits, ce statut pourrait plus réalistement échoir aux verts ou aux néo-démocrates, avec qui les libéraux sont idéologiquement mieux alignés. Mais dans le cas d’un gouvernement conservateur minoritaire, qui prône l’autonomie dans les champs de compétences des provinces, le Bloc pourrait négocier de nouveaux pouvoirs pour le Québec. Au grand plaisir de… François Legault.