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Élection fédérale 2021 : analyse du premier débat francophone

Débat 2021 de TVA

On dit souvent que la véritable campagne débute dès le premier débat. Cette élection, passablement terne depuis son déclenchement, ne fait pas exception. Le « Face-à-Face » qui a été diffusé hier soir sur les ondes du réseau TVA marquait donc le début de la dernière étape vers l’élection générale du 20 septembre prochain.

Les quatre chefs se sont présentés devant l’auditoire avec en tête de gagner des points au Québec (ou de ne pas en perdre) tout en évitant de créer des controverses ailleurs au Canada. Ce fut réussi. Malgré de bonnes performances en général de la part des chefs des quatre principaux partis canadiens, nous serions tentés de dire que le véritable gagnant de cette confrontation aura été la langue française. Pour une rare fois dans ce genre d’exercice, le thème de la langue a été abordé par les quatre chefs. Quatre chefs qui maîtrisaient suffisamment bien le français pour tenir le coup pendant deux heures dans un débat, c’est du jamais vu.

Justin Trudeau avait un énorme défi devant lui. Après six ans de pouvoir, il devait non seulement convaincre les électeurs qu’il a encore des choses à accomplir, mais il devait surtout expliquer pourquoi il était nécessaire de déclencher des élections deux ans après la dernière et en pleine pandémie. Hier soir, le premier ministre sortant a fait preuve d’une certaine fougue qui semblait lui manquer depuis le début de la campagne, notamment sur la question de la vaccination. Ça devrait contribuer à relancer sa campagne.

Les Québécois, qui connaissent peu Erin O’Toole, savent maintenant qu’il a un plan. Tout de même très à l’aise en français, le chef conservateur a évité de tomber dans les pièges tendus par ses adversaires. La performance malheureuse de son prédécesseur, Andrew Scheer, lors de l’élection de 2019 a servi de leçon à M. O’Toole qui a réussi à passer au travers de ces deux heures sans bévue majeure, ce qui en soi constitue un gain pour les conservateurs.

Après un début un peu laborieux, Jagmeet Singh s’est ressaisi lorsque la question du racisme systémique a été abordée. Même chose quand il était question de compassion. Le chef du NPD n’en est pas à sa première campagne et ça paraît. On voit aussi qu’il a beaucoup appris sur le Québec depuis quelques années. Quelques heures avant le débat, il a d’ailleurs proposé et servi aux électeurs de Rosemont—La-Petite-Patrie sa propre recette de poutine dans un camion de cuisine de rue.

Finalement, s’il y a un endroit où Yves-François Blanchet est particulièrement l’aise, c’est indéniablement lors d’un tel affrontement. Débatteur né, il devait toutefois éviter de trop montrer son caractère bouillant et de se comporter de manière arrogante. Mission accomplie pour le chef bloquiste, avantagé par sa parfaite maîtrise de la langue et le fait qu'il n'a pas à défendre un bilan ou proposer un plan pour gouverner.

Les meilleures lignes du débat

« Notre démocratie est plus robuste que la pandémie. » (Justin Trudeau en défendant son choix de déclencher une élection alors que la pandémie est toujours en cours)

« On ne veut pas plus de fonctionnaires, on veut plus d’infirmières. » (Yves-François Blanchet sur les transferts fédéraux en santé)

« On a un choix entre plus de pétrole et full pétrole. »(Jagmeet Singh en commentant les positions des libéraux et des conservateurs sur les changements climatiques)

« Les provinces ont besoin d’un partenaire, pas d’un papa. » (Erin O’Toole sur la question du respect des juridictions provinciales)

« Au Québec ou en Ontario, Moderna? » (L’animateur Pierre Bruneau en questionnant les chefs de partis à propos du futur emplacement de l’usine de vaccins de Moderna)

Implications pour la suite de la campagne

Il faudra voir dans les prochains jours si le débat aura un impact sur les chiffres dans les différents sondages nationaux. Les chefs pouvant se targuer d’avoir marqué des points, ils tenteront de marteler leur réplique ayant fait mouche sur toutes les tribunes et voudront s’approprier la dynamique qui pourrait s’en dégager.

Si les sondages bougent, nous en verrons les effets en début de semaine prochaine et il y a fort à parier que cette nouvelle dynamique influencera alors l’importance des prochains débats, ceux du consortium de Radio-Canada/CBC qui se dérouleront les 8 et 9 septembre prochain. Entre-temps, comme chacun des participants a de bons moments à mettre en vitrine, il y a fort à parier que les prochains jours seront enlevants et que le ton deviendra plutôt acrimonieux.

Nous sommes le 3 septembre, et la campagne électorale 2021 vient véritablement de prendre son envol!

Consultez notre section spéciale Élection fédérale 2021 pour retrouver les plus récentes perspectives de nos experts.