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Assurance-médicaments : jusqu’où les électeurs canadiens sont-ils prêts à aller?

La santé figure toujours par les enjeux les plus importants pour les électeurs canadiens, et bien souvent même l’enjeu principal de toute campagne fédérale ou provinciale. L’élection fédérale 2019 ne devrait pas être différente.

Mais cette fois-ci, les débats ne porteront pas sur les questions habituelles comme le temps d’attente dans les salles d’urgence ou les soins de longue durée – bien que ces thèmes pourraient toujours revenir sur la table pendant la campagne.

De notre point de vue, c’est la question de l’assurance-médicaments – plus précisément la position des partis sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments – qui deviendra l’un des plus importants facteurs de différenciation au cours de la campagne.

Toutefois, ce n’est rien de plus qu’une autre phase d’un débat qui a occupé beaucoup d’espace à Ottawa et dans les capitales provinciales au cours des années. En d’autres termes, c’est tout sauf un nouveau sujet de discussion au pays.

Les précédents accords fédéral, provinciaux et territoriaux (FPT) en santé, par exemple, comprenant des étapes dans cette direction. L’Accord sur la santé de 2004 signé par le premier ministre de l’époque Paul Martin et ses homologues provinciaux était une tentative de se diriger vers un programme d’assurance-médicaments national plus complet.

Mais rien n’en est resté. Les progrès entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux ont été minces. Et des mésententes au niveau du financement entre les différents paliers de gouvernement ont bloqué tout changement significatif à l’échelle nationale.

Au cours des dernières années, le momentum a changé. Le gouvernement Trudeau, voyant dans les sondages une occasion de faire des gains politiques, a choisi d’intégrer la mise en place d’une sorte de régime national d’assurance-médicaments à sa plateforme pour l’élection 2019.

Pour y arriver, les libéraux ont recruté l’ancien ministre de la Santé de l’Ontario Eric Hoskins pour mener un comité chargé d’émettre des recommandations servant à établir les fondations d’un tel régime, mais aussi les engagements politiques le précédant. Le rapport Hoskins a émis les recommandations suivantes :

  • La mise en place d’un régime national d’assurance-médicaments fonctionnant de la même façon que l’actuel système à payeur unique;
  • L’implantation graduelle d’un tel régime en partenariat avec les provinces et les territoires;
  • Des quotes-parts minimales pour les patients afin de réduire les barrières à l’entrée;
  • Une stratégie pour améliorer l’accès aux médicaments onéreux pour le traitement des maladies rares.

Toute tentative d’aller plus loin dans ce domaine politique serait coûteuse. Le rapport Hoskins était clair à ce sujet.

Pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), toute proposition du Parti libéral sera probablement jugée insuffisante. Le NPD milite depuis longtemps pour un programme d’assurance-médicaments complet, et veut à tout prix éviter de voir les libéraux récupérer et accomplir l’un de ses chevaux de bataille une fois de plus. Ainsi, ce n’était pas surprenant que Jagmeet Singh annonce dès le déclenchement de la campagne que le NPD s’engage à un accès universel à l’assurance-médicaments, se se positionnant ainsi comme le parti offrant la solution la plus complète et la plus aboutie pour la mise en place d’un tel régime.

L’équation sera bien différente pour le Parti conservateur. Le parti a été relativement silencieux sur ce front, et l’enjeu ne devrait pas être un élément central de sa plateforme. Au mieux, une promesse de combler les vides dans les besoins des patients pourrait être envisagée. Leur énoncé politique de parti prévoit la mise en place de protection de brevets sur 20 ans tout en assurant que « personne ne devrait perdre les économies de toute une vie en raison de problèmes de santé inattendus ou à cause du coût des médicaments d’ordonnance ». Des baisses d’impôt ciblées sur la classe moyenne risque d’être une avenue politique plus alléchante pour Andrew Scheer et les conservateurs.

Le plan des libéraux devrait être plus nuancé. Après avoir commandé la rédaction du rapport Hoskins – et s’être engagé à réaliser certaines étapes du projet dans le Budget 2019 – le parti va probablement attendre que l’orientation du débat électoral se précise avant de définir les détails des prochaines étapes. Les libéraux voudront séduire les mêmes électeurs progressistes que le NPD et le Parti vert. Mais le parti sait aussi très bien que les coûts de mise en place d’un régime d’assurance-médicaments complet seront faramineux au cours d’un second mandat.

Une nuance importante dans le plan libéral a été mise en lumière le 5 septembre dernier lorsque Justin Trudeau a révélé que les libéraux ne forceraient pas les provinces à adopter le régime d’assurance-médicaments si elles ne le souhaitaient pas. Bien que l’on puisse spontanément se demander quelle province se prévaudrait de ce droit, la situation n’est pas sans rappeler l’implantation du système de santé national, qui a été adopté en pièces détachées par les provinces au fil du temps. De plus, cela permet au premier ministre Trudeau de gagner le soutien du gouvernement du Québec, qui considère cette question comme de ressort provincial.

Au-delà des engagements des différents partis, on peut s’attendre à ce que l’assurance-médicaments joue un rôle important dans la campagne. Il en reviendra ensuite aux électeurs de déterminer s’il s’agira véritablement d’un enjeu décisif au moment de se rendre aux urnes.